Science-fiction, dystopie et réalité : entre anticipation, inspiration et dénonciation

Commençons par nous poser cette question : quelles différences entre Baymax et Jibo, le Nautilus et le Terrible ou encore Jarvis et Siri ? Certains d’entre eux n’existent que dans le domaine de la science – fiction tandis que d’autres sont aujourd’hui utilisés dans la vie réelle. Le domaine de la science – fiction est limité par l’imagination des réalisateurs, qui ont souvent été avant – gardiste en ce qui concerne les innovations. La cape d’invisibilité dans Harry Potter en 2001, l’appel vidéo dans Métropolis en 1926 ou la côte de popularité dans Black Mirror sorti en 2016 montrent qu’avec le développement des nouvelles technologies, ces fictions deviennent aujourd’hui réalité. Même si ce développement technologique a pour premier objectif d’améliorer le quotidien, certains pointent du doigt des progrès qui, dans un horizon temporel à moyen et long terme, pourraient nuire à l’homme. Cet article ne prétend pas être exhaustif, mais à travers les œuvres utilisées, il va essayer de mettre en avant le fait que la science – fiction anticipe, inspire et dénonce la réalité.

I. Une réciprocité d’inspiration et de critique

A. Le cinéma incubateur d’idée

« L’imagination est la reine du vrai, et le possible est une des provinces du vrai ». Cette citation de Charles Baudelaire, extraite de son recueil Curiosités esthétiques de 1868, illustre bien l’idée selon laquelle imaginaire et réalité se côtoient depuis un certain nombre d’années. Si autrefois le livre était le support le plus utilisé pour raconter et écouter des histoires, le cinéma actuel l’a largement remplacé : entre films hollywoodiens et séries diffusées par le biais de plateformes streaming on n’a jamais eu autant de choix de divertissement. Mais il s’agit ici de s’intéresser à un genre bien particulier d’histoires : la science-fiction.

1. La science – fiction, ou comment extrapoler l’imaginaire humain

Depuis des centaines d’années, l’homme imagine des histoires. Parmi celles – ci, un genre s’axe généralement sur les différents futurs possibles de la société humaine : la science-fiction. Que l’on traite de futurs proches et de l’intrusion des objets connectés à outrance ou de futurs lointains, de voyages dans le temps et l’espace, ces histoires ont toutes un point commun : la définition des peurs ou des envies des hommes. En effet, si l’on pose un regard objectif sur la plupart des grandes œuvres de sciences fictions, elles définissent toutes une partie de nos peurs ou de nos souhaits.

Certains films anticipent des futurs pessimistes, mettant parfaitement en exergue les dérives possibles de la société humaine, ainsi que les conséquences qu’elles peuvent avoir sur son environnement. C’est ce qu’on appelle la dystopie. Genre fictif particulièrement en vogue à l’heure actuelle, la dystopie peut être assimilée comme le contraire fondamental de l’utopie : il s’agit de créer un monde fictif noir, où la recherche de bonheur constitue généralement le centre de l’intrigue du film. Comme exemple de films dystopiques on peut citer les Hunger Games, V pour Vendetta (2006) mais aussi des séries telles que Black Mirror (série débuté en 2011) ou encore The Handmaid’s Tale. Au vu du succès de ces différentes œuvres, on est en droit de se demander ce qui attire les spectateurs : est-ce juste une question d’effets spéciaux et d’intrigues bien écrites, ou y-a-t-il une raison plus complexe ? En effet, on peut également poser l’hypothèse d’un lien que feraient les spectateurs entre ces mondes dystopiques et la complexité grandissante de notre monde actuel. Ce lien, entre fiction et réalité, pourrait être alimenté par trois éléments : la peur générée par le terrorisme, que l’on retrouve dans Iron Man 3 et la Chute de la Maison Blanche en 2013, la dégénérescence sociétale, argument principale des Hunger Games ou encore de V pour Vendetta et enfin l’évolution technologique qui constitue l’apanage de la série Black Mirror.

A contrario, et même s’ils sont généralement moins nombreux, d’autres films peuvent montrer un futur où l’humanité réussi à dépasser les frontières qu’elle connait aujourd’hui et peut atteindre ses rêves. On peut notamment citer comme exemples Star Wars et Avatar pour la conquête spatiale, Premier Contact pour la connaissance et la compréhension d’une vie extraterrestre ou encore Valérian et la Cité des milles planètes pour la mise en place d’un gouvernement démocratique interplanétaire.

Finalement la science-fiction permet aux hommes de s’imaginer tel qu’ils ont peur d’être ou tel qu’ils veulent être. On pourrait la voir comme un immense laboratoire, où les nombreux auteurs expérimentent différentes façons dont le progrès technique et technologique peut chambouler notre vie et notre société, pour notre bien ou notre plus grand mal.

2. Une technologie contemporaine inspirée par des œuvres fictives

Si la science-fiction est un immense laboratoire de pensée, peut-elle permettre l’expérimentation de nouvelles techniques, de nouvelles technologies ? En d’autres termes, la science-fiction peut-elle inspirer les scientifiques d’aujourd’hui ? On peut apporter ici une double réponse à cette question.

En effet il existe actuellement des technologies qui ont été influencées par la science-fiction, de par l’idée préconçue qu’on pouvait s’en faire. De plus, si l’homme a une particularité, c’est celle de vouloir réaliser ses rêves, ses ambitions, ou tout du moins de s’en rapprocher le plus possible.

A ce titre, comme le montre ce schéma, on peut citer un certain nombre de technologies actuelles, anticipée par des auteurs de science-fiction : dès les années 1970, la tablette du capitaine Kirk et les différents modèles de tablette sur le marché, L’I.A. Jarvis de Tony Stark en 2008 et l’I.A. Siri d’Apple en 2011, ou encore l’ordinateur multidimensionnel de Minority Report puisqu’il a été créé par l’Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria). Enfin on peut même ajouter que la cape d’invisibilité d’Harry Potter est en bonne voie de développement puisque qu’une entreprise canadienne, HyperStealth Corp, a réussi à mettre au point il y a quelques mois une matière permettant de dévier la lumière. Enfin, et pour apporter un poids scientifique à cette hypothèse, il semble important de préciser qu’une étude publiée sur Arxiv en mars 2018 montre qu’une bonne partie des chercheurs s’inspirent de la science-fiction, ce phénomène tendrait même à s’amplifier. En effet, la science-fiction serait mentionnée dans des publications scientifiques pour diverses raisons : « design fiction », inspirations pour des techniques d’interactions ou encore comme outil de prospective. De plus, les recours à la science-fiction de façon explicite dans les papiers de conférences scientifiques ne seraient que la partie émergée de l’iceberg : « Nous pensons que les références explicites à la science-fiction dans la recherche sur l’interaction homme-machine ne représentent qu’une fraction de l’inspiration et de l’impact exercé par cette dernière ».

A l’inverse, on peut également avoir une vision totalement différente de la question : la science-fiction n’inspire pas la science mais elle met en scène au sens du merveilleux la science actuelle. Cette vision de la science-fiction est notamment défendue par l’astrophysicien passionné de science-fiction Roland Lehoucq. En effet selon lui, la science-fiction n’inspire presque jamais la science mais permet au scientifique de se repositionner face à leurs idées. Pour souligner cette idée on peut reprendre un exemple phare : l’ascenseur spatial, une alternative aux fusées actuelles. Cette idée fut proposée en 1960 et abandonnée presque immédiatement. Or 18 ans plus tard, l’écrivain A. C. Clarke sortait son livre « Les fontaines du paradis » et l’idée redevint un sujet de préoccupation scientifique actuel. Autre exemple beaucoup plus connu cette fois : le sous-marin de Jules Vernes. Il faut rappeler que Jules Vernes n’avait pas anticipé de toute pièce le sous-marin actuel puisque ce dernier existait déjà à proprement parlé : il était à pédalo. A côté, l’électricité existait également. Finalement l’anticipation qu’a eu Jules Vernes était d’associer ces deux technologies pour en faire un moyen de transport futuriste et anticipatoire du monde actuel.

Au final on peut dire que la science-fiction et la science s’inspirent mutuellement : toute œuvre de science-fiction a des racines scientifiques réelles et emprunte parfois des procédés méconnu du grand-public pour enrichir ses histoires. Mais la science n’est pas en reste : elle s’inspire des œuvres fictives en tout genre, rien que le design du nouveau SUV d’Elon Musk met cette idée en évidence.

L’humanité se rapproche donc petit à petit de ses différents rêves et utopies (ou dystopies ?), mais ce rapprochement est-il souhaitable ? Question que l’on est en droit de se poser au vu des différents scénarios élaboré au travers des œuvres de science-fiction. En effet, avoir une avancée technologique comme celle du film Matrix vaut-elle le monde qu’il dépeint ? Rien n’est moins sûr et c’est sur cette problématique que nous allons maintenant nous tourner.

B. La science – fiction comme anticipateur de dérives possibles

La science – fiction comme univers où tout est possible et où la seule limite est l’imaginaire de l’homme, offre un large panel de ce que les auteurs de science – fiction pensent sur l’avenir de l’espèce humaine. C’est ce que retrace le graphique ci – dessous. Cette cartographie, réalisée par Jane Hu, analyse soixante – deux événements futurs annoncés par les écrivains, qu’ils soient d’origine social, scientifique, politique ou encore technologique.

Aujourd’hui, avec le développement des nouvelles technologies, les questions récurrentes portent sur leur place dans la société à différents horizons temporels. C’est l’idée que développe Tegmark Max dans son livre « La vie 3.0 – Etre humain à l’ère de l’intelligence artificielle ». A moyen terme, la mise au point d’une intelligence artificielle générale pourrait mener à un totalitarisme technologique qui dominerait les humains. Sur le très long terme, soit, selon l’auteur, durant les 10 000 prochaines années, deux scénarios sont possibles : la disparition de l’humanité par les robots ou une cohabitation entre les deux espèces dans laquelle l’homme est parvenu à garder le contrôle sur les robots.

Dans l’horizon temporel à moyen terme, les nouvelles technologies représentent un moyen d’aliénation de l’homme avec une surveillance en tout temps et en tout lieu. Yukie, qui se rapproche des outils actuels existants comme Google Home ou Alexa d’Amazone, est l’intelligence artificielle, dans le film Fahrenheit 451 de François Truffaut, présente dans le quotidien de Montag, un pompier, chargé de brûler les livres, et qui va le dénoncer à ses supérieurs pour possession de certaines œuvres.

George Orwell, dans son livre 1984, part du même constat et met en évidence une société où la surveillance est généralisée : des écoutes téléphoniques à la télésurveillance en passant par le déclenchement des webcams à distance ou le profilage numérique, cela représente la fin de la vie privée. Or ne sommes – nous déjà entré dans cet air ? Les écoutes téléphoniques américaines, révélées par l’affaire Snowden en 2013 ou encore le profilage numérique, qui consiste à examiner et analyser les traces laissées par les utilisateurs sur internet au travers d’algorithmes. Pour faire face à cela, le règlement général de la protection des données a été créé et a pour objectif premier de protéger les libertés et les droits fondamentaux liés aux données des personnes physiques. Outre ces moyens de contrôle, certains auteurs et réalisations vont plus loin et prévoient, dans leurs œuvres respectives, une extinction de l’espèce humaine.

Ces différentes issues possibles  à long terme sont reprises dans de nombreuses histoires de sciences – fiction, dont certains n’hésitent pas à pousser le futur à l’extrême. Dans la série Battlestar Galactica sortie en 2004 et développée par Ronald D. Moore, on assiste à l’élimination de l’homme par les robots, nommés les Cylons, vainqueurs de la guerre entre humains et robots. Les humains survivants ont dû fuir à travers un vaisseau pour échapper aux robots. Cette vision pessimiste est un des avenirs possibles, le plus pessimiste d’entre eux. Or à ce jour, les scientifiques continuent de travailleur sur des formes d’intelligence artificielle aussi poussées, et certains d’autres eux, comme Elon Musk, s’inquiètent et considèrent que l’intelligence artificielle est aujourd’hui « le plus grand risque auquel notre civilisation sera confrontée ». Comme dans le film où les survivants vont chercher une autre planète pour survivre face à la domination des robots, Elon Musk travaille sur ce qu’il considère comme un plan de secours en cas de domination de l’intelligence artificielle sur Terre : partir à la conquête de la planète Mars.

Ces idées sont reprises dans de nombreux blockbusters comme Terminator de James Cameron, Metropolis de Fritz Lang, ou encore I Robot d’Alex Proyas. Dans ce dernier exemple, trois lois furent mises en place pour protéger les hommes, comme notamment la première qui stipule que « un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, laisser cet être humain exposé au danger ». Or, la première menace pour homme est l’homme lui-même, à travers les guerres à la destruction de l’environnement qu’engendre son mode de vie et qui nuit à son futur.

Or, les robots ne représentent pas la seule issue possible pour l‘avenir humain, ni en science – fiction, ni dans la réalité. Dans le film Bienvenue à Gattaca réalisé par Andrew Niccol ou encore dans le livre « Le Meilleur des mondes »  écrit par Aldous Huxley, on assiste à la création des êtres humains dans des laboratoires, permettant une « création parfaite ». Dans ces sociétés futuristes, les enfants crées et nés de manière naturelle sont mis de côté comme dans les réserves de sauvages dans le livre ou encore occupent des tâches subalternes comme dans le film d’Andrew Niccol, tandis que ceux génétiquement crées occupent les places de dirigeants. Aujourd’hui, même si ne nous sommes pas encore à ce point, le développement des technologies médicales ont permis de réaliser des avancées majeures comme la fécondation in vitro avec la naissance du premier bébé éprouvette, Louise Brown, en 1978.

II.  La science-fiction comme forme de dénonciation ?

A. Une réalité politique actuelle qui fait débat

Outre le fait de prévoir les différents avenirs possible pour l’espèce humaine, la science – fiction fait aussi résonnance aux actualités politiques et sociales. C’est ce qu’on verra à travers le roman La Servante Ecarlate, écris par Margaret Atwood en 1985, et repris sous forme de série télévisée en 2017. Suite à la pollution environnementale croissante et au développement des maladies sexuellement transmissibles, la société américaine connaît une chute de la fécondité. Les « Fils de Jacob », une secte protestante de type fondamentaliste en ont alors profité pour prendre le pouvoir en détruisant les symboles politiques américains : la Maison – Blanche, la Cours Suprême et le Congrès.

On peut tout d’abord le rapprocher aux préoccupations féministes, réapparues aux Etats – Unis suite à l’élection de Donald Trump en tant que président, mais également dans plusieurs pays européens où on assiste à un regain des nationalistes et des religieux : remise en cause du droit à l’avortement ou de la place de la femme dans le schéma traditionnel familiale … On voit aujourd’hui certains politiques qui perpétuent la culture du viol, comme Donald Trump à travers diverses exclamations. Cette culture est développée dans le livre avec les servantes, dépourvues d’identité, de liberté, fertiles et ayant pour seul but de procréer et où les hommes de la catégorie des Commandants sont les seul à pouvoir assurer une descendance. Dans cette dystopie où le taux de fécondation est en chute, les servantes sont les seules femmes à pouvoir donner naissance. Ici, les violences sont perpétuelles car elles permettent de garder les servantes soumises et gardant en tête leur seul objectif : procréer. Ce roman met en avant le danger du sexisme, des sociétés patriarcales, de la place de la femme et de la misogynie qui sont aujourd’hui revenu sur le devant de la scène.  Dans La servante écarlate, l’origine de l’infertilité repose des éléments remis en question dans nos sociétés actuelles : pollution, OMG, pesticides ou les MST sont mis en avant leurs risques envers l’homme. Selon une étude israélienne menée par Hagai Levine, « la concentration de sperme chez des hommes vivants aux Etats – Unis, en Europe, en Australie et en Nouvelle – Zélande a diminuée de 59,3% entre 1973 et 2011 ».

Ce romain fait également échos aux moyens de lutte anti – terrorisme : depuis 2001 pour les Etats – Unis avec les attentats du World Trade Center ou 2015 pour la France avec les attentats du 13 Novembre, les états ont développé de nouveaux moyens législatifs pour faire face au contexte « d’état d’urgence ». Or, c’est dans ce contexte que le glissement vers le totalitarisme s’est déclenché dans le roman.

Enfin, et par extension du paragraphe précédent, le dernier écho de cette dystopie porte sur la surveillance généralisée de la population. Les « Yeux », qui sont en charge de faire respecter la loi, sont présents dans l’ensemble des foyers et surveillent la moindre erreur des individus. On va retrouver cette idée, encore plus proche de la réalité, dans l’épisode « chute libre » de Black Mirror, sorti en 2016. Ici, chaque personne va posséder une note allant de 0 à 5 et celles les mieux notés pourront avoir accès à de meilleurs services. Même si cela nous paraît irréel ou lointain, ce système de surveillance de masse est pourtant aujourd’hui développé en Chine (depuis 2018) avec le système du « crédit social ». Chaque citoyen gagne ou perd des points en fonction de leurs actions, bonnes ou mauvaises, qui sont surveillées par des outils à pointe de la technologie (Big data) comme les caméras et la reconnaissance faciale. La note sociale, comprise entre 350 et 950, donnerai accès à un certain nombre d’avantage et facilité. Plus la note est élevée, plus il y a d’avantages : possibilité de prendre l’avion, accès privilégié à la crèche ou à un emploi… A l’inverse, pour les notes sociales basses, les restrictions se multiplient. Mis en place à l’origine pour diminuer les incivilités et les violences, ce système de surveillance généralisé réduit les libertés individuelles et mène à une société où les individus sont constamment à la recherche du comportement parfait.

B. La science-fiction comme lanceur d’alerte des inégalités sociales

Comme nous venons de le voir précédemment la science-fiction n’est en lien avec la réalité non pas uniquement à travers des innovations technologiques ou techniques mais aussi au travers de sujets plus sociétaux, tels que les régimes politiques, la surveillance de masse ou encore les inégalités sociales. Ce dernier point est d’ailleurs tout à fait intéressant puisque nous vivons actuellement dans un monde où les inégalités sociales sont déjà très marquées, et au vu de la conjoncture actuelle, ces problèmes sont loin d’être réglés. C’est d’ailleurs ce qu’ont cherché à dénoncer en partie certains films de science-fiction, sur certains types d’inégalités sociales précises.

On peut notamment prendre comme premier exemple le film Time Out. Sorti en 2011, ce dernier met en scène un monde dystopique où l’humanité a été génétiquement modifiée pour cesser de vieillir à partir de 25 ans. Passé cette date, le compteur numérique dont tout le monde est doté se met en marche : c’est le temps qu’il reste à vivre. Pour survivre, il faut donc gagner son temps en travaillant : le temps de vie est devenu la nouvelle monnaie mondiale. Si ce film est un très bon exemple, c’est parce qu’il met en évidence deux choses essentielles dans notre monde actuel. La première est ce que Hartmut Rosa appelle « l’accélération sociale » dans son ouvrage Accélération, Une critique sociale du temps, de 2010. Il définit cette accélération sociale comme un trait de caractéristique de la culture de la modernité : constitué de trois aspects, l’innovation technique, le changement social et le « rythme de vie ». On retrouve d’ailleurs bien ces trois aspects dans le film : le monde de Time Out est futuriste, les technologies sont donc bien plus évoluées qu’actuellement, la génétique modifiée et le système monétaire ont conduit à des changements radicaux dans la société : les riches vivent dans des quartiers « interdits » aux pauvres par le biais de taxes d’entrées excessivement hautes, pendant que les pauvres s’entassent dans des ghetto ou chacun manque de mourir plusieurs fois par jour. Enfin, l’accélération du rythme de vie se voit notamment pour les plus pauvres puisque le temps est littéralement devenu de l’argent. La seconde chose essentielle que met en avant ce film est la différence extravagante de niveau de vie entre les 5% les plus riches et le reste de la population. En effet on pourrait très bien comparer « l’homme aux 1 millions » à Bernard Arnault, toute nouvelle première fortune mondiale. Enfin, et pour finir sur ce premier cas, il semble intéressant de citer une phrase du film qui illustre assez bien l’idée qu’il veut faire passer et la dénonciation des inégalités qu’il apporte : « Pour quelques immortels beaucoup doivent mourir ».

Un autre film illustre lui aussi une inégalité sociale grandissante de notre monde : l’accès à la santé. Il s’agit ici du film Elysium, mettant également en scène un monde dystopique futuriste ou riches et pauvres sont séparés. La différence principale reste ici que les riches n’habitent pas une certaine région du monde qui leur est réservé mais une station spatiale en orbite autour de la terre. La problématique principale du film est l’accès à la santé : les habitants de la terre vivent dans une déchetterie mondiale où toutes sortes de maladies et problèmes de santés se propagent. A contrario les habitants de station disposent d’une technologie permettant de soigner absolument tout : les caissons médicaux d’Elysium. Finalement ce film ne fait qu’extrapoler les problèmes d’accès à la santé de notre monde : les pays développés et les personnes riches peuvent se permettre des traitements de premier ordre, un suivi médical soigneux ainsi que toutes sortes d’avantages et a contrario, les habitants de pays en            développement ont même parfois du mal à accéder aux soins les plus primaires. Certains d’entre eux parviendront à se faire soigner dans les pays développés, grâce à des programmes d’aides, mais beaucoup n’y auront pas accès. Ces inégalités d’accès au soin se traduisent au niveau de l’espérance de vie. En effet, comme le montre la carte ci – contre, l’espérance de vie est plus élevée dans les pays développés, où le domaine médical est plus développé et son accès plus facile. Les régions où cette espérance est la plus faible se trouvent en Asie du Sud, en Afrique du Sud et Subsaharienne. C’est également là où les infrastructures médicales sont les plus pauvres et le niveau de développement les moins élevés.

Pour conclure

Finalement on retrouve plus de liens entre science-fiction, dystopie et réalité qu’on ne pourrait le croire au premier abord : entre anticipation et inspiration, où l’imaginaire donne naissance à des idées parfois surprenantes mais innovatrices, ainsi que dénonciation notamment au travers des dystopies étudiées, celles – ci font écho au monde réel sans l’assimiler totalement. Au vu de ces éléments on pourrait être en droit de se demander si les solutions à de nombreux problèmes actuels, tels que le climat ou la surveillance de masse, ne se trouvent pas dans des œuvres fictives. Or aujourd’hui, dans nos sociétés modernes, avec les préoccupations actuelles et la place croissante accordée aux nouvelles technologies, est – il réellement possible, souhaitable ou préférable de faire un retour en arrière, de modifier drastiquement notre mode de pensée et note mode de vie afin d’éviter que la fiction se transforme en réalité ou de continuer dans cette voie en ayant conscience des différentes issues possibles ? L’absence de consensus à ses questions nous laisse donc son réponse, dans une société qui, pour l’heure, nous emmène dans un futur digne d’une dystopie.

Par Clarisse Bouet et Victor Munter, promotion 2019-2020 du M2 IESCI

Bibliographie

 

Admin M2 IESC