PROGRAMME NATIONAL DE LA FORET ET DU BOIS 2016 -2026 : UN PROGRAMME D’ACTIONS ?

« La forêt française, patrimoine naturel de notre pays, […] est une richesse économique de premier plan » s’exclame Didier MIGAUD le 15 octobre 1993  à l’Assemblée nationale. S’il est vrai que notre forêt constitue une richesse économique, beaucoup déplorent que cette dernière soit sous exploitée. Différents rapports[1] attestent de ce fait et ce depuis fort longtemps. Les derniers en date sont d’avril 2015. « Le premier de la Cour des comptes met en exergue l’inefficacité de la gouvernance publique sur ce secteur ; et le second, du Sénat, […] MM. Alain HOUPERT et Yannick BOTREL, comparent en substance le modèle économique actuel à celui d’un pays en développement ! » indique Louis-Jean DE NICOLAY, membre de la commission de l’aménagement du territoire et du développement durable, lors de son intervention au Sénat le 12 janvier 2016.

L’arrivée du pétrole a particulièrement nui à la demande de bois. Dans les années 60, les meubles sont désormais construits en formica et les bâtiments sont construits avec des charpentes métalliques ou en bétons. Peu à peu nous faisons de moins en moins appel au bois comme source d’énergie et comme matériau de construction. Notre faible consommation en bois entraîne ainsi la sous-exploitation de la forêt française. Il faut donc selon Antoine D’AMECOURT, président de la fédération des forestiers privés de France, « réapprendre à consommer du bois ». Le rôle du consommateur est essentiel dans le devenir de cette ressource.

Dans le cadre de la séance publique du 12 janvier 2016 au Sénat, Stéphane LE FOLL, ministre de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du gouvernement rappelle les maux dont souffre la filière forêt-bois française : « Morcellement de la forêt privée française, déficit commercial de la filière, perte de valorisation de l’industrie forestière sur l’ensemble du territoire, question du devenir de la forêt dans les domaines de la transformation du bois ou de l’utilisation du bois-énergie. ».

Sur la base de ce constat, partagé par l’ensemble des acteurs économiques de la filière forêt-bois française, Stéphane LE FOLL, a présenté le 08 mars 2016 le programme national de la forêt et du bois (P.N.F.B) dans le cadre de la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt (L.A.A.A.F). Pour accompagner ce programme, un plan Recherche & Innovation 2025 lui a également été remis le 09 mai 2016. L’objectif est de traiter les maux de cette filière et d’assurer son développement. Ce programme se veut être avant tout un programme d’actions, mais que préconise-t-il ? C’est ce que nous tenterons d’analyser à la lecture de ce dernier. Avant de poursuivre, il est bon de rappeler ce qu’est une forêt, ce que représente la forêt française sur notre territoire ainsi que la filière forêt-bois française pour contextualiser ce programme.

 La forêt française en quelques chiffres

Qu’entendons-nous par forêt ? Selon l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture (F.A.O),  sont comprises comme forêt « des terres occupant une superficie de plus de 0.5 hectare avec des arbres atteignant une hauteur supérieure à 5 mètres et un couvert arboré de plus de 10 %, ou avec des arbres capables d’atteindre ces seuils in situ. La définition exclut les terres à vocation agricole ou urbaine prédominante »[2].

Avec ses 16 millions d’hectares en 2014, soit 31 % du territoire métropolitain, la forêt française est la quatrième forêt d’Europe en surface. Notons qu’après des passages de déforestation, cette surface forestière a quasiment doublé entre le milieu du XIXe et le XXIe siècle, passant de 9.5 millions d’hectares à 16 millions d’hectares. Par ailleurs, si nous tenons compte du volume de bois sur pied, la France se hisse directement à la troisième place derrière l’Allemagne et la Suède.

Précisons que la forêt métropolitaine française est privée à 75 % et publique (collectivités, forêts domaniales) à 25 %. Sur les 3.3 millions de propriétaires privés, quasiment 75% d’entre eux ont moins d’un hectare de forêt. C’est pourquoi nous parlons de morcellement de la forêt privée française. L’organisation de cette forêt privée est notamment effectuée par le centre national de la propriété forestière (C.N.P.F), les coopératives forestières et les exploitants forestiers. Quant à la gestion de la forêt publique, elle est assurée depuis 1964 par l’office national des forêts (O.N.F).

Riche de 138 espèces d’arbres forestiers (bien plus que l’Allemagne), la forêt française se compose majoritairement de feuillus (71 %) tels que le chêne, le hêtre et le châtaignier ; et de façon moindre de résineux (29 %) comme le pin, l’épicéa et le sapin. Par ailleurs, nous pouvons souligner que ce milieu naturel abrite à l’heure actuelle 73 espèces de mammifères, 120 espèces d’oiseaux, et comprend 72 % de la flore métropolitaine. Enfin, il est à relever que la forêt française absorbe chaque année 15 % des émissions de CO2 de notre territoire. Ce filtre naturel participe également à la régulation hydraulique ainsi qu’à l’épuration de l’eau.

A travers ces quelques chiffres, nous mesurons bien la richesse que constitue la forêt française dans son ensemble. Il faut être conscient comme le souligne très justement Jean-Yves CAULLET, président du conseil d’administration de l’office national des forêts (O.N.F) que la diversité des essences forestières en France est une chance par rapport à l’aléa climatique. En effet, cela confère à la forêt française une capacité d’évolution bien supérieure à une forêt mono-spécifique. Plus nous disposons d’essences forestières, plus il est probable de trouver celle qui résistera au changement climatique. La France dispose d’un massif forestier de grande ampleur qui mérite d’être considéré comme tel.

Autour de ce patrimoine naturel s’est développée une filière forêt-bois dont nous allons dresser le portrait dès à présent.

La filière forêt-bois française en quelques chiffres

La filière forêt-bois française comptabilise aujourd’hui près de 440 000 emplois (directs et indirects). Ces derniers sont répartis dans environ 60 000 entreprises (industrie de première et deuxième transformation du bois, distribution et mise en œuvre, bois énergie).

Cette filière génère quasiment 60 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France. Cependant, elle souffre d’un déficit commercial de 6 milliards d’euros par an (environ 10 % du déficit du commerce extérieur).

Qui sont les principaux fournisseurs de bois en France ? Parmi les 3.3 millions de propriétaires privés, 50 000 d’entre eux possèdent plus de 25 hectares. Ces derniers représentent 52 % de la surface forestière privée et réalisent les ¾ de la commercialisation de bois des forêts privées. Nous pouvons également remarquer que 40 % de la production de bois en France est assurée par la forêt publique.

En 2014, sur les 37.6 millions de mètres cubes de récolte de bois commercialisé, 19.3 millions de mètres cubes ont été destinés au bois d’œuvre (grumes pour sciage et placage), 11.1 millions de mètres cubes au bois d’industrie (bois de trituration, poteaux, piquets et autres) et 7.2 millions de mètres cubes au bois-énergie (bois de chauffage et charbon de bois).  Nous pouvons observer qu’entre 2012 et 2014, le bois-énergie est passé de 5.6 millions de mètres cubes à 7.2 millions de mètres cubes, soit une augmentation de 29 %.

Comme vu précédemment, notre forêt française est en grande partie constituée de feuillus.  Or, sur le marché du bois d’œuvre, la demande en bois feuillus est assez faible, contrairement à la demande en bois résineux qui ne cesse de progresser, ce qui explique pourquoi 83 % du volume de sciages produits en France proviennent d’essences résineuses. Cependant, la filière forêt-bois française souffre tout de même d’un déficit de sciage résineux de 500 millions d’euros soit 10 % du déficit commercial. Bien que la demande en bois feuillus soit peu élevée, la France est actuellement le deuxième producteur d’Europe de sciages feuillus (excédent de sciages feuillus).

Au vu de ces différents éléments, l’ensemble des acteurs institutionnels et économiques ont jugé bon de définir de nouvelles orientations stratégiques nationales et internationales afin de valoriser et dynamiser la filière forêt-bois française.  Ce travail a abouti en 2016 sur un programme national de la forêt et du bois. Ce dernier fera l’objet de notre prochain développement.

Programme National de la Forêt et du Bois (P.N.F.B) : que préconise-t-il ?

Ce P.N.F.B a été élaboré sur la base de rapports réalisés dans le cadre de groupes de travail qui ont réuni dès 2014 les principaux acteurs de la filière forêt-bois ainsi que « sur un travail interministériel et sur la démarche interprofessionnelle et interministérielle à l’origine du comité stratégique de la filière bois (C.S.F bois) »[3].

Compte tenu de la diversité de nos forêts (nous n’avons pas une, mais des forêts !) et du renforcement des compétences des régions qui s’est opéré dernièrement notamment en matière d’aménagement du territoire et de développement économique, ce programme national sera décliné en programmes régionaux de la forêt et du bois (P.R.F.B) comme le prévoit la loi L.A.A.A.F afin de prendre en considération les différentes caractéristiques et enjeux de nos territoires.

D’entrée, le P.N.F.B explique que la filière forêt-bois est confrontée à deux défis. Le premier défi est économique, il s’agit  « d’augmenter la valorisation des ressources forestières françaises […] »[4] et le second défi est environnemental à savoir « […] protéger la forêt et sa biodiversité et la renouveler pour conjuguer adaptation et atténuation du changement climatique »5.

Pour faire face à ces deux défis, le P.N.F.B fixe quatre grands objectifs. Le premier objectif consiste à adopter une meilleure gestion de la forêt française pour produire et mobiliser davantage de bois afin de créer de la richesse et de l’emploi, le deuxième vise à répondre aux attentes des citoyens français notamment à travers des projets territoriaux, le troisième est d’atténuer et adapter notre forêt française au changement climatique et enfin le quatrième objectif a pour but de développer des synergies entre le secteur forestier et industriel.

Malgré les différentes difficultés que rencontre la filière forêt-bois française, cette dernière est tout de même considérée comme une « filière d’avenir pour la compétitivité de l’industrie française […] »[5]. C’est pourquoi elle se doit de s’inscrire dans les marchés dits porteurs d’avenir tels que le bois de construction ou l’industrie chimique (transformation chimique de la cellulose) par exemple. Mais pour y arriver, il est nécessaire d’une part de « valoriser la ressource forestière française […] »6, et d’autre part « […] d’optimiser ses utilisations »[6]. L’objectif est également de développer des gains de compétitivité dans l’industrie de la première et deuxième transformation du bois, notamment par le biais de l’investissement et de l’innovation.

Le P.N.F.B rappelle que la France ne peut plus se contenter d’être un producteur de matières premières qui exporte son bois à l’état brut – sous forme de grume – c’est-à-dire sans transformation et un consommateur qui importe des produits finis tels que des meubles. Il y a de plus en plus de bois coupés en France dont la valorisation se fait hors du pays. Nous devons donc impérativement travailler, transformer notre ressource naturelle pour créer de la valeur ajoutée et rapatrier cette dernière lorsque nous l’exportons. De surcroît, le P.N.F.B préconise également de limiter dans la mesure du possible les importations de matières premières bois.

Aussi, étant donné que la France est la première forêt feuillue d’Europe en surface, le P.N.F.B souligne le fait qu’il est impératif de penser à de nouveaux usages pour ces essences feuillues, car selon une étude réalisée en 2015 par l’Institut national de l’information géographique et forestière (I.G.N) et l’Institut technologique F.C.B.A, « […] 50 % des feuillus récoltés, dont la dimension et la qualité pourraient a priori permettre des valorisations en [bois d’œuvre], sont en fait valorisés en [bois d’industrie et d’énergie] »[7]. Il est donc indispensable de mieux valoriser notre bois feuillu sur le plan économique afin d’améliorer sa compétitivité. Pour transformer notre faiblesse en force, des travaux de recherche sont ainsi demandés en particulier sur « […] la qualification de leurs performances techniques [et] sur les moyens et les coûts nécessaires pour réaliser avec des feuillus des produits répondant aux demandes des marchés actuels »[8].

Le P.N.F.B préconise également d’adapter l’environnement forestier et les pratiques sylvicoles au changement climatique et aux besoins quantitatifs et qualitatifs du marché. L’enjeu est de taille, car la transition énergétique qui s’impose à nous va nécessiter l’utilisation d’énergie renouvelable. Le bois étant une ressource renouvelable et durable, il est ainsi fort probable que la demande de bois augmente dans les prochaines années. C’est donc une opportunité qui se présente à la filière forêt-bois française. Pour saisir cette dernière, le P.N.F.B prévoit d’accroître les prélèvements de bois dans les années qui suivent, plus 12 millions de mètres cubes de bois d’ici 2026. Pour fournir cette quantité supplémentaire de bois, ce programme envisage par exemple de reboiser une partie des peuplements feuillus de la forêt publique en résineux, de soutenir prioritairement les propriétés forestières à fort potentiel de croissance, de simplifier et mieux encadrer les autorisations de coupes, d’adapter les essences aux territoires, de rétablir l’équilibre sylvocynégétique en concertation notamment avec les chasseurs pour enrayer la progression des populations d’ongulés (gibiers) qui nuit au bon renouvellement des peuplements forestiers, etc. Il est à noter par ailleurs que des actions interministérielles (Exemple : commande publique) pourront être prises afin d’encourager la demande de bois.

Conscient qu’avec la mobilité des informations et des connaissances, le processus de croissance est désormais fondé sur l’économie de la connaissance, le P.N.F.B choisi donc de mettre l’accent sur l’amélioration des connaissances. Rappelons que ce type d’économie fonctionne en stock-flux où il convient d’alimenter en permanence son stock de connaissances pour être en capacité de faire le lien entre les différentes informations et éliminer les connaissances qui sont devenues inutiles à la décision. Développer, partager, coopérer et utiliser la connaissance pertinente pour « […] évaluer l’état et l’évolution de la biodiversité forestière, d’une part, évaluer l’impact et l’efficacité des politiques publiques forestières et des pratiques sylvicoles sur la biodiversité d’autre part »[9]. A cela s’ajoute une volonté de renforcer la formation au sein de la filière forêt-bois française dans le but de «[…] renouveler les compétences et prendre en compte les besoins de la filière […] dans les domaines de la gestion et de l’exploitation forestière, du développement durable, de la mobilisation des bois et des technologies du bois, en lien avec la recherche, mais aussi les sciences du génie civil et de l’énergétique, de l’architecture et du design »[10]. Ainsi, tous ces éléments à savoir connaissances, compétences et coopération s’inscrivent parfaitement dans la division cognitive du travail.

Pour atteindre les objectifs énumérés ci-dessus, le P.N.F.B préconise un renforcement des instruments de politiques publiques, une augmentation des investissements publics et privés ainsi qu’un certain nombre d’actions auprès de l’amont (sylviculteurs) et de l’aval (acheteurs de bois, entreprises de transformation du bois) de la filière forêt-bois. Nous avons recensé ces dernières à travers le tableau n°1.

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Ces quelques actions doivent permettre à l’ensemble de la filière forêt-bois française de mobiliser des volumes de bois plus conséquents et de renouveler les massifs forestiers plus aisément afin de répondre à la demande du marché.

En parallèle à ces actions, nous avons pu relever dans ce programme une démarche qui s’apparente à celle de l’intelligence économique (I.E). Nous pouvons alors nous demander pourquoi recourir à l’I.E dans ce dernier ? Sans doute pour atteindre les quatre grands objectifs de ce programme et parce « [qu’]il est demandé à l’I.E de répondre à des enjeux réels et urgents »[11]. Le mode de pensée et le mode d’action sont alors tous deux mobilisés dans cette démarche d’I.E afin de “pouvoir interpréter correctement les informations [mode de pensée] et d’utiliser, partager les informations dans la Nouvelle économie [mode d’action]”[12].  Tâchons à présent de relever les principaux éléments qui permettent d’établir ce constat.

D’abord, nous relevons que le P.N.F.B fait appel à la veille. En effet, un dispositif de veille économique mutualisée sera prochainement mis en place afin de « connaître l’état de la filière en mutualisant et en diffusant les données fondamentales décrivant la filière et [de faciliter] la réalisation d’exercices de prospective sur les marchés du bois et le développement de la filière dans son ensemble ». Plus largement, le changement climatique et la biodiversité feront l’objet également de veille. L’objectif est de « […] mieux comprendre et prévenir les impacts du changement climatique sur les peuplements forestiers, afin d’être en capacité de conseiller efficacement les propriétaires forestiers. »[13].  Afin d’avoir un plan de veille multicanale, la veille web et la veille terrain seront alors toutes deux mobilisées. Même à l’ère du numérique, la veille terrain reste essentielle, elle permet parfois d’accéder à des informations plus récentes et plus pertinentes que la veille web. Il faut donc recouper et enrichir les résultats d’une veille web avec ceux d’une veille terrain. Bien que l’I.E ne se résume pas au cycle de veille, il n’en demeure pas moins un outil indispensable à la gestion des informations blanches et grises.

Autre point essentiel du programme, celui de la diffusion et du partage des informations traitées et analysées. En effet, ces dernières devront être restituées auprès des pôles et entités concernés (chercheurs, gestionnaires et propriétaires forestiers). Il est également mentionné que ce partage d’informations passera par une mise en relation de ces acteurs. Le réseau permet en effet de gérer et de répartir les informations et les connaissances. De plus, pour faciliter le transfert d’information, les technologies de l’information et de la communication seront davantage utilisées. Par exemple, des données économiques et cartographiques pour la forêt privée et communale seront échangées via une plateforme informatique. Les médias modernes tels que les réseaux sociaux seront aussi davantage sollicités.

Notons par ailleurs qu’au sein du P.N.F.B, l’Etat occupe une place importante et notamment dans cette démarche d’I.E puisqu’il « […] favorisera la production d’informations, organisera sa collecte dynamique et s’assurera de leur diffusion aux acteurs de la filière, en conservant son appui au [Réseau Mixte Technologique – Adaptation de la forêt au changement climatique]. »[14].

Une démarche d’analyse prospective devra également être adoptée dans les P.R.F.B. puisqu’en effet, ces derniers devront construire à partir d’études et d’actions du comité stratégique de la filière bois (C.S.F bois) des « […] scénarios d’évolution forestière et industrielle »[15]. Pour que ces scénarios, ces stratégies compétitives deviennent réalité, il sera nécessaire d’accompagner ces stratégies notamment via les réseaux et l’influence. Un des scénarios proposés par ce programme prévoit de rendre l’offre plus compétitive. Pour cela, il est indiqué que l’outil industriel doit être modernisé dans son ensemble et que l’offre doit s’adapter à la demande. Pour que ce scénario se réalise, le P.N.B.F recommande de renforcer les actions d’influence de la filière forêt-bois française auprès de l’Union européenne (U.E) pour bénéficier davantage de financements et collecter des informations sur la nouvelle stratégie forestière de l’U.E. Précisons par ailleurs qu’à ce jour, « [l’U.E] ne dispose pas de politique forestière commune »[16]. Il est également recommandé de renforcer la coopération entre l’amont et l’aval de la filière forêt-bois mais aussi avec les différents secteurs d’activité (chimie, énergie, automobile, eau) et de poursuivre les travaux de recherche et développement en matière de robotisation, de numérique, de ressources et d’énergie afin de gagner en compétitivité.

Comme vu précédemment, la mise en application régionale du P.N.F.B passera par la mise en œuvre des P.R.F.B. Par conséquent, des retours d’expérience et des indicateurs seront alors demandés afin de « pouvoir évaluer les décalages éventuels entre les objectifs nationaux et les réalisations du terrain et, ajuster, le cas échéant, de manière réactive les trajectoires de chaque programme. »[17]. Cette étape peut paraître optionnelle, mais elle est en réalité primordiale dans un environnement complexe. En effet, dans un tel environnement, toute action doit d’être réfléchie si l’on veut atteindre le résultat escompté. Ainsi, une révision du P.N.F.B sera possible à mi-parcours (2021).

Si le recours à l’I.E n’était pas formellement présenté dans le cadre des stratégies nationales, il en est tout autre pour les stratégies internationales. En effet, pour être offensifs à l’international, c’est-à-dire conquérir les marchés internationaux, le P.N.F.B indique explicitement qu’il mobilisera l’I.E pour « […] se positionner à l’export sur les marchés des produits transformés »[18]. Un dispositif de veille concurrentielle sera alors mis en place afin de mieux connaître ces marchés et la concurrence qui s’y exerce sur ces derniers. Une stratégie d’export sera ainsi définie. Pour accompagner cette stratégie et plus largement la filière forêt-bois française sur la scène internationale, l’Etat fera appel à son réseau (diplomatie économique, business France). De plus, de par la pluralité de ses forêts, la France se veut être « […] un Etat pivot de la coopération forestière intra-européenne et à l’international »[19]. Néanmoins, rappelons que pour coopérer efficacement, il est nécessaire que les acteurs échangent au minimum dans un langage commun et qu’ils acceptent parfois de s’investir plus que d’autres pour aboutir sur un tout supérieur à la somme des parties.

Enfin, le P.N.F.B se donne pour objectif de moderniser, de professionnaliser la communication de la filière forêt-bois française afin de combler son déficit de notoriété. Toutes les actions énumérées ci-dessus, tous les évènements organisés autour de la filière forêt-bois française doivent être relayés par les médias afin « […] d’améliorer l’attractivité du secteur, d’attirer des capitaux, de nouvelles compétences et de donner une visibilité plus forte à la filière forêt-bois, comme levier de développement économique et d’attractivité des territoires.»[20]. Par la communication, ce programme souhaite démystifier la sylviculture et montrer que l’exploitation de la forêt française participe au bien-être général. Exploiter davantage notre ressource naturelle ne signifie pas tomber dans la fameuse trappe des ressources naturelles. Il ne s’agit pas de se contenter d’exploiter sans effort une richesse « facile d’accès » telle que l’Amazonie, l’Afrique et l’Asie l’ont fait. Bien au contraire, il s’agit de faciliter la création de richesse par le travail.

Ainsi, à travers cette présentation du P.N.F.B, nous avons pu appréhender les principales mesures qui seront mises en place dans les prochaines années pour soutenir et développer la filière forêt-bois française.

Conclusion : L’intelligence économique au service de la forêt française ?

Même si certains estiment que le P.N.F.B est contestable sur différents aspects (fiscalité, réglementation), il a cependant le mérite de mobiliser des bribes de l’intelligence économique (I.E). Ce programme recommande de manière directe et indirecte de mobiliser et de maîtriser des outils de l’I.E notamment la veille, le réseau et l’influence, car conscient qu’il est nécessaire de comprendre son environnement pour être pro-actif dans ce dernier. C’est en cela que le P.N.F.B peut être considéré comme un programme d’actions. Néanmoins, si la filière forêt-bois française veut pleinement se développer, elle devra davantage mobiliser cette capacité d’analyse et de synthèse pour concevoir ses stratégies. Le bois est certes une ressource d’avenir, mais comme le clame Philippe LEROY, président de la commission permanente du conseil supérieur de la forêt et des produits forestiers, « la forêt ne se raisonne pas d’année en année ! […] Il faut de la pérennité pour donner de la confiance aux acteurs du bois de façon à ce que nous puissions avancer », c’est pourquoi il est nécessaire d’avoir une vision stratégique de moyen et long terme.

Aujourd’hui, la progression de la connaissance et de la technique fait que nous sommes capables par exemple d’édifier des bâtiments de grande ampleur en bois. Il faut donc démocratiser l’utilisation du bois dans nos territoires. Il est également important de mieux valoriser nos essences feuillues et de multiplier ses usages. Aussi, comme le mentionne le plan Recherche & Innovation 2025, la modernisation de l’appareil industriel dans les entreprises de la première et deuxième transformation du bois constitue une véritable priorité.

Face à ces enjeux et parce que la forêt est au centre de plusieurs préoccupations d’ordre économiques, environnementales et sociales, le ministre de l’Agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, Stéphane LE FOLL a annoncé le 26 septembre 2016 lors d’un colloque au Sénat – intitulé Pour un essor de la filière forêt-bois – que le fonds stratégique de la forêt et du bois crée en 2014 passerait de 10 à 28 millions d’euros dans le budget 2017 afin de « […] mener une politique ambitieuse d’investissements et d’innovation »[21]. A ces 28 millions d’euros viendront s’ajouter d’autres moyens financiers notamment en provenance de l’Europe, des régions, des fonds privés, de la Banque publique d’investissement (B.P.I), de la Banque européenne d’investissement (B.E.I) pour atteindre les 100 millions d’euros d’investissements requis d’après le ministre pour « […] moderniser la filière d’amont en aval »[22].

Cependant, nous pouvons nous demander si ces fonds suffiront à rattraper notre retard accumulé notamment depuis la suppression du fond forestier national (F.F.N) ? Est-ce qu’ils permettront au bois français de redevenir une ressource aussi prisée qu’au temps de Pline l’Ancien qui préférait la qualité des sapins du Jura et des Vosges à celle du sapin de Grèce ? Nous l’espérons !

Par Christophe Maudet, promotion 2016-2017 du M2 IESC d’Angers

Bibliographie

AGRESTE, 2016, Récolte de bois en France métropolitaine de 2005 à 2015

BAULANT (C.), 2015, Méthodologie de l’intelligence économique

BRUTÉ de REMUR (D.), 2006, Ce que intelligence économique veut dire, Paris, Éditions d’organisation

COLIN (A.), THIVOLLE-CAZAT (A.), 2016, Disponibilités forestières pour l’énergie et les matériaux à l’horizon 2035

DE LA CHESNAIS (E.), 2016, Le Foll triple les moyens pour la forêt privée, Le Figaro

Journal officiel de la République Française – Débats Parlementaires – Assemblée Nationale, 1993, n°63 [3] A.N (C.R)

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Plan Recherche & Innovation 2025 – Filière forêt bois, 2016

Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016

Webographie

Histoire de la forêt française

URL: https://www.youtube.com/watch?v=TpgAEnYkz2E

La forêt française en questions – 12/01/2016

URL: http://www.senat.fr/cra/s20160112/s20160112_16.html#par_143

La forêt française : une ressource sous-exploitée

URL: https://www.youtube.com/watch?v=pTGKTZ8flCE

La forêt française, 4ème forêt européenne, riche en biodiversité et bénéfique pour l’environnement

URL: http://agriculture.gouv.fr/infographie-la-foret-francaise-4eme-foret-europeenne-riche-en-biodiversite-et-benefique-pour

RAGONNAUD (G.), 2016, L’Union européenne et les forêts

URL: http://www.europarl.europa.eu/atyourservice/fr/displayFtu.html?ftuId=FTU_5.2.11.html

[1] BALLU (2007), JUILLOT (2003), BIANCO (1998), DUROURE (1982), MEO-BETOLAUD (1978), JOUVENEL (1977), et LELOUP (1945)

[2] FAO, 2010, Evaluation des ressources forestières mondiales 2010 – Rapport principal, p.217

[3] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016, p.4

[4] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026,2016, p.10

[5] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016, p.9

[6] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016, p.10

[7] COLIN (A.), THIVOLLE-CAZAT (A.), 2016, Disponibilités forestières pour l’énergie et les matériaux à l’horizon 2035, p.5

[8] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016, p.31

[9] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016, p.28

[10] Programme National de la Forêt et du Bois, 2016-2026, 2016 p.38-39

[11] BRUTÉ de REMUR (D.), 2006, Ce que intelligence économique veut dire, Paris, Éditions d’organisation

[12] BAULANT (C.), 2015, Méthodologie de l’intelligence économique

[13] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016, p.22

[14] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016, p.23

[15] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016, p.24

[16] RAGONNAUD (G.), 2016, L’Union européenne et les forêts

[17] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016, p.44

[18] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016 p.32

[19] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016 p.32

[20] Programme National de la Forêt et du Bois 2016-2026, 2016 p.34

[21] LE FOLL (S.), 2016, Communiqué de presse – Stéphane LE FOLL annonce des moyens financiers renforcés pour la filière forêt‐bois

[22] DE LA CHESNAIS (E.), 2016, Le Foll triple les moyens pour la forêt privée, Le Figaro

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