Grands événements sportifs: la France entre lobbying et paradis fiscal

Euro de foot 2016, coupe du monde de foot féminine en 2019, coupe du monde de rugby en 2023, Jeux Olympiques de Paris en 2024 etc … . Tous ces éléments ont quelque chose en commun : Ils se passent en France. Une prise de conscience a eu lieu suite à l’échec de l’attribution des JO de paris 2012 à Singapour  en 2005. Ce fut un véritable choc pour la délégation française menée à l’époque par le maire de Paris, Bertrand Delanoë. En effet c’est la candidature de Londres qui a remporté le gros lot. Cet échec est notamment lié à une pratique qui est très répandue dans le monde anglo-saxon et qui est décriée dans l’hexagone : le lobbying.

Ces différentes compétitions internationales apportent aussi quelque chose de très important pour les pays, il s’agit du Soft power. Le Soft power est l’un des éléments les plus importants pour les états car cela permet d’avoir la capacité d’influencer les choix d’un autre acteur que ce soit un état, une entreprise ou autre. En effet on cherche à le faire changer d’avis. Soit les conduire à penser de la même façon que lui ou à changer de comportement, de manière indirecte, en douceur, sans que ces autres acteurs aient l’impression d’y avoir été contraints.

Le concept de soft power a été inventé par Joseph Nye un professeur américain spécialiste des relations internationales. Il développe cette notion dans son livre « Bound to Lead » en 1990. Ce livre avait pour but de montrer que le déclin de l’influence américaine que certain annonçait, n’arriverait pas. Il explique que « la capacité de séduction et de persuasion des États-Unis ouvre la voie à une nouvelle forme de politique internationale qui ne repose ni sur la force ni sur la coercition, et qui doit lui permettre de faire face aux importantes évolutions géopolitiques qui s’opèrent à la fin du XXe siècle ». Donc le fait d’accueillir des événements sportifs participe à ce soft power. Il va principalement être basé sur son attractivité. En effet cela  promeut son image sa réputation, son prestige. Tout cela pour but par exemple pour la France de promouvoir son tourisme.

On peut prendre les exemples d’autres états qui par le sport essaye de gagner en influence géopolitique et de peser dans les relations internationales, on  pense bien évidemment au cas du Qatar. On peut aussi prendre l’exemple de la Chine qui avance à marche forcée dans le football afin d’attirer une coupe du monde, on le voit aussi avec le développement de sa ligue national. Tout cela dans le but de gagner en attractivité, comme elle l’a déjà fait avec les jeux olympiques de 2008 à Pekin. Ensuite la venue de compétitions internationales se fait aussi dans un but économique car cela peut favoriser la richesse d’un pays. De plus cela peut servir de ciment de la nation comme grande cause nationale où tout le monde peut se reconnaître quelque soit les différences et se sentir fier de son pays. On voit donc qu’attirer les compétitions internationales devient un enjeu majeur pour les états voulant montrer leur « grandeur » grâce au soft power. L’attribution des compétitions internationales comme les jeux olympiques ou les coupes du monde des différents sports se fait par le vote d’un comité. Chaque délégation qui propose d’être ville ou pays hôte doit réaliser un dossier qu’elle devra défendre. Cela va nécessiter de faire du lobbying afin de remporter ce vote et de profiter de cette événement.

Comment la France a pu attirer tous ces événements sportifs ? Quelles ont été ses différentes stratégies ?

Nous verrons dans un premier temps les raisons d’échecs successifs notamment les JO de paris en 2012. Puis nous verrons la prise de conscience des raisons et la mise en place de stratégies efficaces. Enfin dans une dernière partie nous verrons que les pouvoirs publics font face à plusieurs critiques.

La France trop naïve: les raisons d’échecs successifs

De plus en plus de pays essayent d’attirer différents événements sportifs pour les nombreux bénéfices qu’ils peuvent apporter. Nous allons voir qu’avant de récupérer tant d’événements sportifs internationaux la France a dû subir des échecs. Nous allons voir des exemples de candidatures françaises qui ont perdu et les raisons de ces défaites tout en analysant dans un second temps les stratégies victorieuses.

Tout d’abord,  l’émergence et le développement de la « mondialisation » touche aussi le domaine du sport, de plus en plus de pays s’ouvrent au différentes pratiques et cherchent aussi à attirer les grandes compétitions internationales. Plusieurs des échecs français furent liés à  cela. Pour cela les 2  meilleurs exemples sont la candidature de Paris comme ville hôte des Jeux olympiques de 1992 et de 2008. Tout d’abord pour la candidature de 1992, il y avait pour objectif de faire un coup double comme en 1924. En effet la France voulait organiser à la fois les JO d’hiver à Albertville ce qu’elle a réussi mais aussi les JO à Paris hors c’est Barcelone qui fut choisie. Cet échec est dû au président du CIO (comité international olympique) de l’époque, Juan Antonio Samaranch, qui souhaitait tout faire pour avoir les JO d’été dans sa ville, Barcelone. Cependant il faut aussi ajouter que la candidature francilienne était fragilisée par les frictions politiques entre le président de la république et le maire de Paris de l’époque c’est à dire entre François Mitterrand et Jacques Chirac.

Cette candidature montre l’importance des bonnes relations politiques pour peser de tout son poids. Nous verrons que ce fut le cas par exemple pour la candidature de Londres pour les JO de 2012. Ensuite l’échec de 2008 est dû à l’obligation de l’ouverture de ces compétitions à d’autres pays. En effet Pékin avait échoué de justesse dans sa quête des JO en 2000 au profit de Sydney. Ce choix du CIO fut très politique et commercial. Certains voyaient dans ces JO le développement de la démocratie en Chine, d’autres y voyaient surtout le potentiel marketing. En effet, les sponsors seraient plus faciles à attirer avec un marché local de plus d’un milliard de personne. Claude Bébéar, chef de la candidature parisienne, disait cela « Juan Antonio Samaranch voulait partir avec l’entrée de la Chine dans l’olympisme (…) son lobbying était flagrant et nous en avons eu la preuve par de nombreux témoignages ». Cependant il faut aussi dire que la candidature française fini 3ème distancée par Pékin et Toronto. Selon le Journaliste sportif Jean-Michel Rascol, cette « candidature française n’était qu’une candidature de témoignage ».

Nous voyons avec ses 2 échecs la volonté d’ouverture des événements sportifs mais aussi la nécessité d’un dossier bien monté et d’unité derrière le projet. On peut ajouter que certaines compétitions internationales se forcent maintenant à changer de continents à chaque édition. C’est le cas de JO de puis l’édition de 1952 à Helsinki, mais il s’agit davantage d’un accord tacite. De plus ce principe est mis en place pour la coupe du monde de Football depuis 2010 et sa première édition en Afrique.

Ensuite nous allons voir le cas de la défaite de 2012, la défaite la plus amère. Pour cette candidature, Paris mets les petits plats dans les grands, et tout est fait pour avoir le meilleur dossier possible. On peut prendre par exemple les départs du triathlon, des marathons, du contre-la-montre cycliste qui se fait aux pieds de la Tour Eiffel ou encore l’installation du tournois de beach-volley sur le Champ de Mars. La candidature est considérée comme la plus sérieuse et la plus forte après les différents points de passage du CIO. Les membres du CIO se rendent dans les villes candidates qui font tout pour se montrer sur leurs meilleurs jours afin de les convaincre de voter pour elles. Le président Chirac fera même le déplacement à Singapour (lieu du vote où s’est réuni le CIO) pour y défendre la candidature française. Cependant, c’est la candidature anglaise qui est choisie. Elle a réussi à dépasser Paris pour plusieurs raisons. Tout d’abord elle a utilisé Sebastian Coe comme représentant, c’est un athlète anglais qui fut une des grandes figures anglaises de l’olympisme, alors que Paris montrait plus une vision politique, ce qui a desservi la candidature. De plus, l’intervention de Tony Blair a été cruciale. En effet, le premier ministre anglais a fait plusieurs rencontres avec les membres du CIO. Ensuite ce qui a profité aux anglais est le changement de président du CIO.  Jean-Michel Rascol l’explique comme ceci « Samaranch a laissé sa place au Belge Jacques Rogge (en 2001), qui ne dicte plus sa loi de la même façon que son prédécesseur sur les membres du CIO appelés à voter ». Cela va laisser plus de place pour le lobbying et c’est dans ce domaine que la candidature parisienne va pécher. C’est avec cet échec que l’on voit l’importance du lobbying en plus d’un bon dossier. Pour amplifier cela, on peut parler de l’échec de la candidature d’Annecy 2018 pour les JO d’hiver. C’est la candidature de Pyeongchang qui a écrasé ses adversaires. En effet elle a été choisie dès le premier tour grâce à un dossier irréprochable mais aussi grâce à un lobbying très agressif.

Lobbying: entre réussite anglaise et tabou français

Nous allons nous attarder sur les stratégies misent en place pour avoir les JO de 2012 à Londres. Nous verrons sa stratégie de lobbying et aussi pourquoi cette pratique est mal vue en France.

Tout d’abord c’est la vision qui tranche le plus entre les 2 projets. En effet en mettant en scène  Sebastian Coe et l’héritage des JO, elle a eu un impact plus fort que le dossier français jugé trop politique. L’une des stratégies les plus pertinentes fut la mise en place du lobbying et du recrutement de Mike Lee, un expert en communication afin de promouvoir la capitale.

Tout d’abord de nombreuses rencontres ont eu lieu entre la délégation anglaise et les membres du CIO afin de les convaincre de choisir le dossier londonien. On peut aussi noter l’implication politique dans ce dossier, Tony blair a participé à beaucoup de réunion avec les membres du CIO, il en rencontra plus de 70 membres du CIO. Ensuite il va y avoir un consensus de la presse britannique qui va dénigrer le projet parisien considéré comme le favori, et on va même jusqu’au french-bashing. Puis la délégation anglaise va chercher à offrir 50 000$ aux fédérations qui viendraient s’entraîner en Angleterre, mais elle devra arrêter car c’est une pratique non-éthique.

Ensuite 2 architectes australiens vont mettre en cause les normes du stade de France une semaine avant le vote dans le but de discréditer le projet parisien. De plus Tony Blair va proposer d’annuler 50 milliards de dette de pays pauvres non pour acheter des voix mais pour redorer son image. Enfin dans la dernière ligne droite,  Sebastian Coe fit monter 30 jeunes ayant des caractéristiques ethniques différentes dans le but de montrer la stature internationale de leur candidature. Ce fut un coup de génie car cela jouait sur le côté émotionnelle juste avant le vote afin d’influencer une dernière fois, de manière différente ceux qui était encore indécis. Henry Kissinger dira après la victoire de Londres que « Les Français n’ont pas compris ce qu’est le CIO ».

Comme on sait que le dossier français était meilleur que le dossier anglais, on peut supposer que c’est  le lobbying de la délégation anglaise qui a fait pencher la balance. Certains dont le maire de Paris ont des propos dénonciateur  « Des parisiens m’ont remercié de n’avoir jamais mis le doigt dans la corruption »  ». En effet en 2004 la BBC va révéler que l’on peut acheter des voies aux CIO. C’est l’affaire « Slavkov » qui met en lumière le fait qu’on pouvait acheter une trentaine de voix.

Toute cette agitation a aussi favorisé les anglais car ils n’avaient pas peur de faire du lobbying, ce qui explique aussi en partie pourquoi nous en n’avons pas fait. Pour conclure, la candidature anglaise a réussi car elle a mené un lobbying intense et très agressif au bord de la ligne rouge concernant l’éthique, mais ils ont aussi profité des erreurs des autres candidatures en les exacerbant. Cela a conduit à une certaine aigreur dans la défaite de la part des français et surtout du maire de Paris.

La pratique du lobbying est mal vue en France, ce qui explique notre faiblesse dans ce domaine. En effet la conception française et anglo-saxonne s’oppose. En France cette conception est écrite par Rousseau dans « le contrat social » et est suivi par les philosophes des Lumières. Il dit que l’expression d’un groupe d’intérêts particuliers nuirait à l’intérêt général. Cette conception a façonné la république car, les révolutionnaires ont repris cette idée et elle a aussi influencé les lois dans ce domaine. L’état a pour but l’intérêt général de la nation. Pourtant du lobbying est fait en France mais cela doit être caché et cela n’a pas de caractère officiel.

La conception anglo-saxonne est-elle basée sur le fait que la démocratie est fondée de différents groupes. Contrairement à la vision de Rousseau ces groupes peuvent chercher l’intérêt général et leurs propres intérêts, ce n’est pas incompatible. Cette vision convient parfaitement au lobbying, et cela explique pourquoi ils sont plus à l’aise avec cette notion. Transparency international France est une ONG qui lutte contre la corruption. Elle a fait une étude sur le lobbying en France en 2014.

Il ressort de cette étude une vision plutôt négative du Lobbying, par exemple « Pour 81% d’entre eux, le lobbying exercé par ses intérêts économiques peut conduire à des décisions correspondant plus à des intérêts particuliers qu’à l’intérêt général. » ce qui correspond parfaitement à la vision de Rousseau. Ce rapport explique aussi que le lobbying en France est trop caché ce qui favorise sa mauvaise perception et appréciation. On voit donc comment le lobbying est plus naturel chez les anglo-saxons. On voit aussi que ses différents échecs ont fait changer la France de stratégie dans sa quête d’événements sportifs internationaux. Elle est devenue en l’espace de très peu de temps une machine de guerre.

Un leadership crédible et influent pour montrer la voie

Pour qu’il ait une efficacité dans la politique d’influence, la France a dû mobiliser des acteurs venus d’horizons différents. Tout d’abord il faut rappeler que pour mener une politique d’influence, il est nécessaire d’agir dans le bon timing, il faut que l’environnement dans lequel on souhaite agir soit prêt à accueillir notre lobbying. On peut prendre l’exemple de la candidature aux JO 2024 qui a vu le jour sous la houlette de Bernard Lapasset, ancien président de la fédération internationale de rugby. Effectivement il a clairement montré la voie aux autres acteurs français en déclarant « Les conditions sont réunies pour envisager le lancement d’une étude d’opportunité » à la suite de l’attribution des jeux de 2020 à Tokyo qui permet d’envisager une candidature européenne crédible puisque le candidat européen à l’accueil de ces JO, Madrid a échoué.

Bernard Lapasset a aussi embarqué dans le projet Mike lee, expert en communication, comme nous l’avons vu précédemment lors de l’acquisition des JO de Londres de 2012. De plus, il a aussi participé à la réussite des JO de Rio en 2014 et la candidature de Pyeongchang, un modèle du genre en matière de lobbying.

Le point de départ d’une France plus offensive

La prise de conscience de l’importance de mener une politique d’influence plus agressive par les institutions françaises a concrètement vu le jour en 2015, en même temps que le décret publié par le gouvernement stipulant que les organisateurs d’événements sportifs internationaux seront exonérés d’impôts (à l’exception de la TVA), cela a été notamment le cas, pour l’UEFA en 2016 lors de l’organisation de l’Euro 2016 en France.

Cette loi vient répondre à la politique lobbyiste offensive menée par les institutions sportives internationales qui utilisent la méthode de « l’hélicoptère de combat » pour déstabiliser les éventuelles candidatures. Cette méthode consiste à menacer de délocaliser l’événement et par conséquent, les retombées économiques et externalités qu’il comporte. Cette pression des organisations internationales sur les pouvoirs publiques français peut engendrer un arbitrage très compliqué pour les parlementaires français puisqu’avec l’exonération des taxes, c’est une porte ouverte à l’exonération de taxes pour des activités semblables surtout lorsqu’on sait que la France est un des pays du monde qui reçoit les plus d’investissement directs à l’étranger, le risque serait de tomber dans un cercle vicieux dans lequel les entreprises étrangères pourraient faire pression en utilisant l’argument des exonérations d’impôts accordées à ces grandes instances.

C’est probablement pour éviter cela que la loi insiste sur le fait que cette suppression de taxes intervient sur tous les événements qui seront attribués à la France avant le 31 décembre 2017. Cela était sûrement un des principaux arguments relayés par les parlementaires réticents à voter pour celle-ci. D’autres comme la députée PS du Tarn- et- Garonne de l’époque, Valérie Rabault s’indignent de la méthode utilisée par les organisations sportives internationales « Je trouve que des grandes organisations internationales, qui font du chantage à la France en disant “Si vous voulez avoir l’Euro, il va falloir qu’on puisse ne pas payer d’impôts sur les bénéfices qu’on fait chez vous”, je trouve que ce n’est pas respecter ce qu’est la France » faisant clairement référence à la technique d’influence que nous avons vu ci-dessus, « l’hélicoptère de combat ».

Un processus d’influence clair

Tout d’abord, le fait de faire appel à « un tiers » Bernard Lapasset, personne très influente dans le monde du sport et dans les grandes instances a permis à la France d’ouvrir la porte à de nouveaux réseaux et d’être plus efficace dans son lobbying du fait de l’apport de l’expérience de l’ancien président de la fédération internationale de rugby. Les autorités françaises ont donc trouvé un acteur et ambassadeur d’influence à l’échelle mondiale, ce qui conforte les bonnes prédispositions à une politique d’influence pertinente.

De la même manière, le timing de communication a été très bon puisque Lapasset a précisé que les conditions étaient réunies juste après l’annonce de l’attribution des jeux olympiques de 2020 à Tokyo au détriment d’une ville européenne, Madrid laissant ainsi une place possible à un pays européen pour 2024. Pour que le message soit entendu dans les meilleures conditions, il faut que l’opinion publique soit favorable, que cela soit fait en amont de la décision. Lapasset avait ici fait appel à l’actualité pour justifier la candidature de la France.

L’image est tout de même saisissante, un chef d’État qui joue au tennis dans son accoutrement officiel.  Lorsqu’on veut être efficace dans son lobbying, il faut mener une politique de communication appropriée à l’échelle à laquelle on souhaite être influent, la France l’a bien compris notamment dans les dernières mois de la candidature avec le soutien et la grande exposition d’Emmanuel Macron au sujet de la candidature de la ville lumière qui a notamment rendu hommage en septembre dernier à ces prédécesseurs Nicolas Sarkozy et François Hollande pour leur participation à cette longue campagne. Macron qui 2 mois avant, lors des journées olympiques sur les bords de Seine avait délaissé les bons procédés présidentiels,  le temps d’une journée pour s’improviser tennisman ou boxeur et afficher devant le monde entier son grand dévouement à la candidature française, quitte à y laisser quelques gouttes de sueur…

Une autre étape importante a été d’utiliser les bons contacts, des ambassadeurs, des anciens sportifs professionnels à très forte notoriété pour asseoir encore plus la crédibilité à la française. Le comité national olympique et sportif français est en effet composé de sportifs populaires tels que Renaud Lavillenie ou Laura Flessel. Aussi, un des meilleurs relais et contacts utilisés par les acteurs français a certainement été Tony Estanguet, membre du comité international olympique, qui s’est construit une très bonne réputation à l’international et qui a donc co-dirigé la candidature française avec l’autre tête de gondole en la personne de Lapasset.

L’après compétition… quelques mois après, que deviennent les infrastructures ?

Économiquement lors de la compétition, le constat est sans appel, toute compétition sportive internationale est génératrice de recettes économiques directes et d’externalité positives pour le pays hôte. L’exemple le plus significatif en France est certainement l’Euro 2016. Si on s’intéresse aux retombées directes de l’événement, on observe qu’il a engendré 977,4 millions d’euros de retombées nettes dans lesquelles on compte les recettes touristiques liées à la compétition. Parallèlement l’Euro 2016 a induit des effets économiques positifs indirects à hauteur de 244,4 millions d’euros. Malgré un environnement politique et sécuritaire instable pour une période qui a connu une vague d’attentats, les Fan- zones, les bars aux alentours des sites et partout en France qui retransmettent les matchs sur écrans géants par exemple, ont bénéficié de l’attractivité associée à l’événement. Seulement, on parle d’effets sur le court terme, il est nécessaire de s’intéresser aux conséquences des événements quelques mois, quelques années après l’euphorie sportives et sociale.

1,7 Milliards d’euros, c’est à peu de choses près,  le coût de la construction et de la rénovation d’infrastructures nécessaires au bon déroulement de la compétition. Pour 3 semaines de bonheur sportif, est-ce tout de même bien raisonnable en sortie de crise économique ? Pour cela il faut observer ce que sont devenues ces infrastructures sportives qui sont aussi bien splendides architecturalement qu’onéreuses financièrement pour les pouvoirs publiques et les collectivités notamment.

Concernant l’Euro 2016, il est important de constater que l’utilisation ne s’est pas arrêtée à ce qu’elle était durant la compétition mais elle a continué au fil des mois avec des stades qui restent les antres des clubs de football français comme Bordeaux ou Nice par exemple. On peut s’intéresser à un cas très parlant, celui du stade de Bordeaux, le Matmut Atlantique. Ce dernier rapporte des recettes importantes aux Girondins de Bordeaux qui peuvent ainsi par la même occasion payer un loyer considérable à l’agglomération bordelaise. Mais lorsqu’on s’y intéresse de plus près, on peut très vite noter que le stade comprenant pas moins de 41000 places voit contrairement aux matchs associés à l’Euro, souvent ses tribunes très moyennement garnies lors des matchs de Ligue 1 Conforama de l’équipe bordelaise (cette saison, taux de remplissage moyen du stade : 58%).

On peut alors se demander si l’investissement colossal qu’a représenté la construction de l’ouvrage ne pouvait pas être légèrement moins onéreux si les pouvoirs publics avaient tablé sur un stade plus petit de l’ordre de 25000 voire 30000 places. D’un point de vue plus global concernant les infrastructures, l’argument de certains peut être de faire valoir la forte proportion d’investissement privé dans la construction ou la rénovation de ces stades, l’exemple le plus criant est probablement le Groupama stadium de Lyon, qui comme son homologue bordelais a pu faire appel à un « naming » pour compenser le coût à supporter et qui a été financé à 100% par des fonds privés.

Dans une candidature pour un événement sportif, le projet qui est défendu doit souvent s’opposer à des concurrents mais aussi à des personnes locales qui sont contre le projet. On peut prendre l’exemple de la candidature pour Annecy 2018 ou Paris 2024. Tout d’abord dans le premier exemple, les anti-JO défendent le coût que va avoir ce projet. Ce coût est économique mais aussi social et environnemental. Un des projets qui a cristallisé cette opposition est la construction d’un grand théâtre chargé d’accueillir les cérémonies sur le Pâquier. Il s’agit d’une promenade, d’un espace vert chère aux yeux des annéciens. De plus leur candidature ne recueillait que 51% d’avis favorables. Il y a de plus des véritables critiques sur les exigences du CIO notamment sur le code du travail ou dans le domaine de l’environnement. Jean-Marie Brohm, un sociologue qui critique l’efficacité des JO, avait participé à cette campagne mais il a aussi participé à la campagne anti JO de Paris 2024.

Les critiques sur la candidature sont très limitées. En effet le projet parisien est porté par quelques objectifs comme le fait d’être sobre durable (écologique) et maîtrisé économiquement. Effectivement, comme on peut le voir sur le tableau, depuis 1988 tous les jeux olympiques ont dépassé le coût initial avec des explosions de budget pour Pékin et Sotchi. On peut prendre l’exemple de Londres où le coût final a plus que doublé par rapport aux coûts initiaux. Justement face à ces critiques la candidature parisienne se repose sur des infrastructures déjà existantes, ce qui devrait ainsi limiter les frais.

Cependant on peut regarder la conséquence des Jo dernièrement qui ont eu de graves conséquences sur le long terme. Les jeux de Rio en 2016 en sont un parfait exemple. En effet les JO ont participé au climat délétère au Brésil. Les coûts ont ruiné l’état de Rio ce qui a appauvrie la population et laissé les plus pauvres (ceux qui dépendait d’aide) au bord du gouffre. En plus du climat social très tendu, les infrastructures des JO sont partiellement à l’abandon. On peut prendre l’exemple du mythique stade Maracanã qui selon le Guardian s’est dégradé : “Les vers ont endommagé la surface de jeu, les fenêtres du stade ont été brisées, on a volé des éléments de cuivre aux murs et aux plafonds et 10% des 78 000 sièges sont déchirés.“.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul cas comme avec certaines infrastructures laissez à l’abandon en Grèce ou en Chine. Cependant il n’y a pas que des problèmes, effectivement les infrastructures des JO de Londres sont soit encore utilisées ou réaménagées pour une autre solution, C’est aussi le cas des JO de Barcelone en 1992 qui ont permis de réaménager la ville et qui accueille toujours de grands événements sportifs dans ses lieux. Dans le projet parisien comme la majorité des infrastructures sont déjà existantes il ne devrait pas y avoir de soucis dans leur réaménagement après l’événement. Ensuite certaines des critiques émises viennent sur la sécurité notamment vis-à vis du terrorisme. Elles ont surtout été faites avant l’Euro 2016 qui a montré qu’en terme de sécurité la France était au point. Puis une de leurs critiques sont les retombées économiques pour la ville. En effet les contribuables vont devoir payer 1,5 milliard €. Les retombées économiques de l’événement ne rembourseront pas les sommes dépensées. Une étude menée par le cabinet Microeconomix montre que les  « gains économiques à attendre de l’organisation des JO sont faibles, voire nuls » « [le secteur touristique] ne devrait pas particulièrement bénéficier des JO, surtout pour une ville comme Paris se situant déjà dans les trois villes les plus touristiques au monde avec Londres et Bangkok, tandis que la France reste le pays accueillant le plus de touristes ». On peut même ajouter  que ces événements ne sont pas rentables. Cependant comme le dit Wladimir Andreff,  professeur d’économie à la Sorbonne « Une candidature honnête devrait reconnaître que, si les gains économiques ne suffisent pas à justifier l’organisation de JO, il est nécessaire de se pencher sur d’autres impacts : bénéfice social, bien-être collectif, fierté nationale, etc…, autant d’éléments intangibles, bien plus subjectifs, qu’il ne s’agit pas de négliger pour autant »

Pour conclure, Nous voyons donc comment après les différents échecs successifs, la France a réussi à attirer autant de grandes compétitions internationales. Elle a appris de ses erreurs et mis en place un lobbying efficace mais aussi une loi qui a favorisé la venue de ces compétitions. Toutes ces compétitions favorisent le prestige de la France et son soft power un des enjeux majeurs des grandes nations. En effet elle est classée 1er selon le rapport du cabinet en conseil stratégique de Portland. Bien que cela soit probablement lié à d’autres raison l’accueil des grands événements sportifs participe à cela et aide à faire rayonner la France

Par Alexandre Penloup et Cyril Relion, promotion 2017-2018 du M2 IESCI d’Angers

Sources

Admin M2 IESC