Du village de Start-up au Grand incubateur : vers une nouvelle dynamique d’innovation en France ?

Alors que la logique de « clusterisation » en France s’est vue peu à peu appropriée par l’Etat notamment avec l’introduction des pôles de compétitivité, on constate l’impulsion et la création de nouveaux pôles, davantage pour une émulsion de l’innovation qu’à une simple mise en relation sans réelle concurrence ou coopération présente dans les pôles de compétitivité. Des villages, des pépinières ou encore des incubateurs à start-up, autant de noms, symboles d’une nouvelle dynamique dépourvue de toute intervention étatique directe. Les Start-ups, véritable fer de lance de l’innovation américaine avec la Silicon Valley, deviennent elles aussi un enjeu pour l’innovation en France et la place que cette dernière peut jouer dans les nouvelles technologies. Le récent projet de Xavier Niel, fondateur de Free, d’investir massivement pour la création du plus grand incubateur de Start-up au monde confirme l’engouement et l’envie française de faire de la France un vrai impulseur et influenceur dans le numérique de demain.

  • Des pôles de compétences pour de l’innovation en France

Les Start-up, au delà de représenter les capacités d’innovation d’un pays, jouent aussi un rôle en terme d’acteur économique et social sur le territoire. Ces pôles de Start-up représentent un bassin d’emploi qui témoigne de la réussite, la bonne santé et de la dynamique véhiculée entre les Start-up qui les composent. Ainsi, autour de ces villages, pépinières ou incubateurs, c’est tout un écosystème qui se crée et se compose de toutes les activités essentielles à son bon fonctionnement. Qu’il s’agisse de simples services comme les repas jusqu’à des produits beaucoup plus technologiques pour la création et l’innovation comme des ordinateurs. Xavier Niel envisage même d’installer des imprimantes 3D dans l’incubateur de la Halle Freyssinet. Ces villages de Start-up sont la rencontre et la diffusion de connaissances créant ainsi des liens sociaux de partage pour une meilleure productivité et une meilleure création d’innovation. Cette dynamique de Start-up en France est d’autant plus importante quant on sait la place qu’occupent le numérique et les nouvelles technologies dans le monde aujourd’hui. Les entreprises les plus présentent et les mieux cotées en bourse sont des entreprises issues du secteur des technologies Hi-Tech, le numérique et le digital (Apple, Google, IBM, Microsoft, Facebook, Linkedin, Twitter, Amazone). Il s’agit aussi des marques les plus influentes et puissantes d’après le dernier classement Interbrand 2014. C’est également le secteur où les entreprises déposent le plus de brevets. Le secteur des nouvelles technologies connaît des gains de croissance et de productivité qui ne peuvent laisser indifférents les entrepreneurs et les dirigeants d’Etat. Selon une récente étude du cabinet McKinsey, « le numérique représente 5,5% du PIB français et 3,3% des effectifs salariés nationaux »[1]. Le secteur de l’électronique, qui regroupe 4 segments : celui du secteur de l’information avec les hardwares (ordinateurs, tablettes..) et les logiciels ; le secteur de l’image (appareils photos, caméras…); le secteur du loisir avec l’audio et la vidéo (télévision, lecteurs DVD, MP3, consoles…) et celui de la communication (Smartphones, PDA…)[2], représente un vaste marché ainsi que des perspectives de croissance sur des nouveaux marchés innovants. Ces marchés deviennent de réels enjeux économiques pour les entreprises mais aussi pour les Etats qui cherchent une légitimité et la reconnaissance d’un savoir-faire dans ce domaine. On constate de fortes innovations et une croissance des ventes stable dans ce secteur.

  • Quelles perspectives d’avenir pour la France ?

Cette fin d’année 2014 est riche en actualité concernant les Start-up en France. Tout d’abord, nous pouvons noter plusieurs initiatives privées favorisant l’émergence de pôles de Start-up comme le « Village by Crédit Agricole » ouvert au début du mois d’octobre 2014 et accueillant 100 Start-up mais aussi, d’autres pôles antérieurs dont les dénominations sont toutes uniques et différentes comme la Ruche ou encore le Camping. Ensuite, nous avons un entrepreneur français, dont la réputation émerge déjà en Outre-Atlantique, qui va créer le plus grand incubateur de Start-up au monde en 2016. De plus, la récompense pour 9 villes du label French Tech est à l’image d’une nouvelle dynamique française. Enfin, l’intervention du Président français dans la Silicon Valley au début de l’année 2014 déclarant aimer les entreprises et les entrepreneurs était les prémices de ce nouvel engouement pour les Start-up. Ceci dans le but de convaincre les entrepreneurs français qu’ils peuvent réussir en France mais aussi prouver aux étrangers qu’ils auront des avantages à venir en France.

Le label French Tech récompense les villes pour leur écosystème numérique, leur stratégie d’investissement et la mise en place d’un environnement dynamique pour favoriser le développement des entreprises ainsi que la forte mobilisation des acteurs du territoire dans ce projet. Mais ce label représente aussi, et surtout, un enjeu à l’international car il devient une « carte de visite » pour les Start-up qui participeront à des salons hi-tech notamment celui de Las Vegas en janvier 2015. Il s’agit de mettre en avant les compétences et le savoir-faire français pour renforcer l’attractivité du territoire ainsi que son dynamisme aux yeux des investisseurs étrangers.[3] La volonté générale est de faire de la France, et de Paris notamment, un paradis pour Start-up comme le Y Combinator qui se situe au centre de la Silicon Valley et qui est l’incubateur le plus influent au monde actuellement. « Les investisseurs se battent pour pouvoir mettre de l’argent dans les Start-up qui sont passés par Y Combinator »[4]. L’enjeu pour la France est de devenir un territoire attractif pour les Start-up françaises et étrangères. Pour cela, la mise en avant des compétences et du savoir-faire français est nécessaire mais pas seulement.

La mise en place de mesures pour favoriser l’entreprenariat, les investissements et attirer les talents étrangers est non négligeable pour le territoire. L’élaboration du « passeport talent » pour faciliter la venue de développeurs ou de futurs entrepreneurs étrangers, stimuler le « crowdfunding » (financement participatif) ou encore une optimisation fiscale, mise de côté pour le moment par l’Etat, sont autant de mesures qui dynamiseraient l’émulsion de Start-up en France et favoriseraient l’innovation.

L’Etat ne doit plus être l’acteur principal en dirigeant cette nouvelle dynamique mais doit être un acteur d’arrière-plan qui accompagne et crée l’environnement le plus favorable pour une émulsion d’innovations et de coopérations entre les Start-up sur le territoire.

  • Ne pas faire la même erreur qu’avec les pôles de compétitivité

Rappelons que la création de pôles de compétitivité est une réponse à la dynamique des clusters américains de la Silicon Valley dont la réputation et les compétences sont indéniables. Il s’agit d’une initiative étatique voulant réunir, sur un espace géographique défini et une thématique ciblée, des entreprises, des laboratoires et des centres de recherche et de formation. Cependant, on peut d’ores et déjà mettre en perspective une différence importante entre les pôles de compétitivité et les clusters américains. Il s’agit des « Capital-risqueurs » qui sont l’une des pierres angulaires des clusters américains sans lesquels des Start-up comme celles présentent dans la Silicon Valley ne pourraient pas éclore. Malheureusement, la présence de ces investisseurs n’est ni mentionnée ni envisagée par les autorités françaises dans leur appropriation des clusters. Il s’agit davantage d’une mise en relation d’acteurs d’un même secteur plutôt que d’une vraie relation à la fois concurrentielle et coopérative. Les entreprises françaises s’associent avec leurs partenaires. Par conséquent, la dynamique d’innovation est moins performante car elle n’est pas reflétée par un contexte de concurrence qui serait pourtant le stimulateur de nouvelles idées innovatrices. Dans cette logique de proximité, il s’agirait davantage d’une stratégie de réduction de coûts que d’une véritable stratégie créatrice de synergies et d’innovations. A l’inverse, la force des clusters américains est la coopération entre concurrents ce qui introduit de nouveaux points de vue, de nouvelles compétences, et stimule la créativité. L’autre point important est celui du leader économique. Aux États-Unis, les rôles de chacun sont parfaitement identifiés et celui du leader économique est représenté par les universités. Alors qu’en France, ce rôle reste soit une notion floue, soit est incarné, par défaut, par l’Etat.

Toutefois, la France n’est pas dépourvue de toute initiative privée et de vraies synergies d’innovation. Certains clusters ayant vu le jour avant l’appropriation étatique de ce concept ont su se développer. Le cluster de Grenoble sur les nanotechnologies est le plus performant de France. Un autre exemple de réussite est celui de Cholet, Nova Child, qui a su regrouper différentes entreprises toutes liées par des problématiques complémentaires et un même thème qui est celui de l’enfant. Il ne s’agit pas ici de Start-up mais d’entreprises qui ont su se réunir selon une proximité à la fois thématique et géographique.

  • Une volonté de créer de vrais « écosystèmes »

 

Au delà de certains vrais clusters français et des pôles de compétitivité, une nouvelle dynamique voit le jour avec des entrepreneurs qui ne se cantonnent pas aux initiatives étatiques. L’exemple le plus récent de ces dernières années est celui de Xavier Niel qui a d’ailleurs reçu l’Award du Grand prix Créateur BFM en 2014 et, est considéré par le magazine Challenges en novembre 2014 comme le deuxième entrepreneur incarnant le mieux l’innovation derrière Bill Gate . Son nouveau projet repose sur un investissement massif dans la Halle Freyssinet à Paris pour y créer le plus grand incubateur de Start-up au monde. Celui-ci devrait accueillir 1000 Start-up lors de son ouverture en 2016. Un virage vers le digital et le numérique pour faire de la France, et de Paris, une place d’innovation dans le numérique. Cet incubateur ne sera pas le premier du genre à Paris, mais il sera le premier de cette ampleur. Dans un espace de 33 747 m2 seront mis en relation des entrepreneurs, des ingénieurs, des développeurs, des investisseurs, des conseillers, des tuteurs, des designers et d’autres partenaires externes comme des banquiers et des juristes.

Cette halle, classée monument historique, sera le lieu et le symbole d’une nouvelle dynamique dans l’innovation numérique française. Tout sera mis en œuvre pour créer un vrai « écosystème » pour favoriser le partage d’expériences, de connaissances ainsi que la créativité. Il y aura des forums de rencontres et de partages entre les développeurs et leurs partenaires avec notamment des Fab Labs équipés d’imprimantes 3D, un auditorium d’environ 400 places, des bureaux, des « open spaces », un restaurant ouvert 24h/24h avec notamment un robot-bar, des ateliers de création ou encore une Poste et un bureau de l’INPI.[5]

Le but final est de créer l’environnement le plus favorable au partage et à la création des jeunes entrepreneurs. De plus, le projet ne se limite pas géographiquement à cette halle car les rues adjacentes vont être aménagées pour les piétons, le végétal et des boutiques dédiées aux entrepreneurs qui veulent confronter leur création au public. Xavier Niel prévoit déjà d’investir dans une autre halle non loin de la première afin d’y créer des logements pour les membres des Start-up. Tel un environnement que l’on peut retrouver dans les clusters américains avec des acteurs qui feront vivre cet « écosystème » : des jeunes entreprises, des universités (école 42 qui forme des développeurs informatiques), des services haut de gamme pour les entrepreneurs et des investisseurs.

A travers ces nouveaux évènements, la labellisation French Tech et des projets de création d’incubateurs ou de villages à Start-up, on constate une nouvelle impulsion à créer de vrais écosystèmes autour des Start-up. De plus, dans des domaines qui sont en pleine croissance aujourd’hui. L’enjeu économique du numérique est tel que la France doit se donner tous les moyens pour réussir dans ce domaine et percer au niveau international. Les Start-up seront force de créativité et d’innovation pour faire de la France une place d’impulsion de nouveauté numérique. Quant à l’Etat français, son rôle est de créer un cadre et un environnement fertile pour la créativité et l’innovation. Son action devra donc davantage porter sur la mise en place de mesures favorables à l’entrepreneuriat et l’investissement plutôt que celui de maître d’œuvre.  Au delà de l’engouement récent pour les Start-up en France, on assiste peut être à une nouvelle forme de capitalisme avec un Etat moins acteur mais surtout des entrepreneurs français plus dynamiques et force de volontés créatrices.

Maxime OLEJNIEZAK, étudiant du Master 2 IESC Angers, promotion 2014-2015

https://www.linkedin.com/in/maximeolejniezak

[1] FERRAN, Benjamin (2014). « Le Paris géant de Xavier Niel pour les start-up ». Les Echos

http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2014/10/22/01007-20141022ARTFIG00379-le-pari-geant-de-xavier-niel-pour-les-start-up.php

[2] HARBULOT, Christian (2014) Apple-Samsung : une guerre complexe

[3] REIS-CARONA Édouard (2014) « Numérique. Axelle Lemaire lance ce lundi la French Tech à Nantes. » Ouest France http://www.entreprises.ouest-france.fr/article/numerique-axelle-lemaire-lance-ce-lundi-french-tech-nantes-video-23-11-2014-172464

[4] MAC Ryan (2012) « Top Startup Incubators And Accelerators: Y Combinator Tops With $7.8 Billion In Value ». Forbes http://www.forbes.com/sites/tomiogeron/2012/04/30/top-tech-incubators-as-ranked-by-forbes-y-combinator-tops-with-7-billion-in-value/

[5] GOLLA Mathilde. (22/10/2014). «L’enjeu des incubateurs de start-up est avant tout social». Le Figaro. http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2014/10/22/01007-20141022ARTFIG00366-l-enjeu-des-incubateurs-de-start-up-est-avant-tout-social.php

 

Bibliographie

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CUNY Delphine. (11/09/2014). « French Tech, la « start-up connection » made in France ». La Tribune http://www.latribune.fr/technos-medias/20140911trib32321dc9a/french-tech-la-start-up-connection-made-in-france.html

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ROUSSANGE Guillaume  Le Crédit Agricole va ouvrir son village de l’innovation à Paris. Les Echos http://www.lesechos.fr/25/03/2014/LesEchos/21654-112-ECH_le-credit-agricole-va-ouvrir-son-village-de-l-innovation-a-paris.html

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