Adapter les systèmes éducatifs aux nouveaux enjeux

De nos jours, il est devenu impossible de parler d’un système éducatif sans y accoler la notion de performance. En effet la performance est devenue légitimement le maitre mot des systèmes éducatifs. La seule question qui peut être posée à ce niveau est de savoir sur quels critères pourrait-on mesurer la performance d’un système éducatif, serait ce sur le nombre de diplômes que ce système délivre, serait ce sur son rôle à faire de bons citoyens ? Partir de ces idées, c’est mettre en avant les enjeux de l’éducation, mais aussi de manière plus large les enjeux de tout système éducatif.

 On voit dès lors, quand on aborde notre sujet sous cet aspect, que les enjeux sont à la fois philosophiques, politiques, mais aussi économiques et sociaux.

A partir de là il est nécessaire de définir ce qu’on entend par système éducatif. Un système éducatif peut s’entendre par l’ensemble de toutes les composantes et acteurs interagissant dans l’enseignement et la formation. Dès lors il devient évident qu’étudier un système éducatif permet de comprendre non seulement le fonctionnement mais aussi les effets en identifiant les points forts et les points faibles du ou des systèmes étudiés.

Dans le cadre de ce travail, bien que le système éducatif français que nous connaissons mieux, par ailleurs, soit mis en avant, l’étude ne se limitera pas à ce seul système. On étudiera en effet plusieurs systèmes, autant les systèmes qui sont considérés comme étant les plus performants (Nord-Américains, Asiatiques, Scandinaves etc..) que ceux qui le sont moins. Mais aussi et surtout une lumière sera faite sur les systèmes éducatifs alternatifs qui émergent plus ou moins selon les pays.

Aux vues des enjeux qui sont liés à l’éducation, la structuration d’un système relève d’une question éminemment sensible et dont seuls les gouvernants, peuvent mettre en place.  Il s’agit d’une question de politique publique des Etats.  Ce qui fait qu’aujourd’hui si on se rend compte de ce qui se passe dans nos sociétés, l’on pourrait se demander à juste titre : l’acquisition de la connaissance constitue-t-elle en effet une menace ou une opportunité pour un développement équitable de nos sociétés ?

En effet la question reste tout à fait légitime, et a tout son sens car l’acquisition de la connaissance a toujours été un enjeu crucial. Condorcet nous disait déjà dès 1791 « plus un peuple est éclairé, plus ses suffrages sont difficiles à surprendre (…) même sous la constitution la plus libre, un peuple ignorant est esclave ».   En effet plus un peuple est instruit plus il est difficile à manipuler. Aujourd’hui d’aucuns voient dans les systèmes éducatifs, un système guidé par la logique capitaliste, et ainsi le système n’est là que pour assurer une reproduction d’une catégorie sociale bien déterminée.

C’est ainsi à travers toutes ces questions qui se cachent derrière l’enjeu de l’acquisition de la connaissance que nous avons jugé nécessaire d’étudier le sujet en deux points. D’abord il s’agira de faire un état des lieux de ce que nous avons déjà à savoir des systèmes éducatifs qui peinent à répondre aux besoins actuels, et de mettre en exergue la difficulté qu’ont les systèmes alternatifs à bien s’implanter. Ensuite dans le second point il s’agira de mettre en évidence au regard de ce qui précède la nécessité de restructurer les systèmes conventionnels que nous avons actuellement.

I. Etat des lieux des systèmes éducatifs

Les systèmes éducatifs sont nombreux et variés avec un objectif unique de promouvoir l’éducation de la jeunesse. En effet chaque nation organisait son système éducatif en tenant compte de certains facteurs économiques, géographiques, philosophiques, culturels, politiques ou même religieux. Mais l’évolution de ces facteurs a changé les comportements des personnes d’où la nécessité de nouvelles réformes pour satisfaire leurs besoins. Ainsi, quelques actions ont été menées pour réformer le système actuel à savoir le système alternatif mais ont du mal à émerger. D’où l’importance de montrer l’impossibilité des systèmes éducatifs conventionnels à répondre aux besoins actuels et la difficulté d’émergence des systèmes alternatifs.

A. L’impossibilité des systèmes éducatifs conventionnels à répondre aux besoins actuels

Depuis plusieurs années, on évolue dans des systèmes éducatifs qui ont été créés afin de satisfaire les besoins de l’économie industrielle des siècles passés. Maintenant que nous vivons dans un monde où les besoins sont de plus en plus nombreux et variés, les systèmes mis en place au moment où les hommes vivaient en communauté ne peuvent plus faire face aux exigences humaines.

Aujourd’hui, au terme du processus d’individuation, la société des individus est une société très différenciée où les statuts, les rôles, les compétences des uns et des autres sont très variées, où chacun a besoin des différences de l’autre, où la solidarité est devenue « organique ». L’époque moderne, c’est donc bien l’époque de la construction de l’individu, où ce qui fonde la représentation de la société, c’est bien le « je », certes en lien avec les autres, mais où les autres sont dans une extériorité par rapport à soi. Les systèmes se retrouvent tous indexés parce que non performants, pour répondre aux exigences de compétitivité de la mondialisation. Cette situation nouvelle, parce qu’elle se présente comme radicale, interpelle avec plus d’acuité qu’ailleurs ces systèmes éducatifs. Les entreprises sont de plus en plus emportées par la compétitivité qui exige des personnes plus qualifiées avec des années d’expériences et des compétences qui ne sont jamais acquises à l’école.

On peut relever plusieurs facteurs qui font que les systèmes éducatifs ont du mal à satisfaire les besoins. D’abord commençons par le besoin en insertion professionnelle des étudiants qui sollicite l’attention de tout le monde. En effet, la plupart des modules dispensés dans les écoles et universités sont en parfait décalage avec les réalités de l’entreprise. La plupart des thèmes abordés sont obsolètes de même que certaines théories que les professeurs mettent en avant. Ces dernières étaient cohérentes il y a plusieurs siècles mais ne sont plus d’actualités et sont non applicables dans les entreprises. Dans presque tous les systèmes les étudiants sont appelés à suivre tous les cours de mathématiques, physiques, sciences, chimie, langues… pour tout mémoriser alors que le monde évolue, les nouveaux outils émergent et les besoins de l’entreprise sont spécifiques.

Certaines formations ne sont pas professionnalisées alors que les recruteurs exigent des années d’expériences pour les jeunes diplômés. On entend sur cette théorie que l’étudiant doit faire un stage à chaque niveau de son cursus pour être opérationnel à l’issu de sa formation. C’est un système où toutes les bonnes formations sont privatisées et ne sont accessibles que pour une minorité de la population c’est-à-dire un système qui privilégie la classe aisée.

Un autre point important à analyser c’est la méthode d’évaluation des élèves et étudiants. Depuis le primaire, on nous oblige à faire une compétition dans les classes pour avoir une bonne note. Dans ce processus, le pilotage par les résultats prend le pas sur le pilotage par la règle. L’évaluation a une dimension performative qui entraîne des arbitrages en faveur des disciplines évaluées au détriment des principes éducatifs qui valorisaient l’épanouissement scolaire des élèves. Les évaluations font que les étudiants apprennent par cœur pour avoir de bonnes notes et oublier toutes ces théories dans les semaines qui suivent. Le meilleur exemple à l’école correspond aux examens où l’étudiant doit parfaitement entrer dans une case qui spécifie laquelle de ses interprétations est exacte, et laquelle ne l’est pas. Toute autre idée ou réponse pleine de créativité fait, de facto, l’objet de critique par des professeurs qui se trouvent figés depuis de nombreuses années dans ces schémas stricts et rigides.

Les étudiants sont obligés de donner uniquement les réponses “valables et correctes” – on les force à avoir cet état d’esprit prédéterminé par des cases. Les enfants avec une personnalité différente, qui brisent ce strict schéma, deviennent de mauvais individus et sont traités avec mépris. Cette approche handicape la créativité et la recherche des solutions originales. Elle tue ainsi l’innovation et la capacité à résoudre des problèmes quotidiens. La plupart des professeurs ne maitrisent pas les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) dans un monde où l’emprise de ces dernières constitue la clé de réussite des élèves/étudiants. Donc les connaissances acquises par ces derniers à travers ces outils sont plus actuelles que les théories avancées par les professeurs.

De plus on peut aborder la question d’obéissance des élèves et étudiants. On est confronté à un problème d’autonomie dans nos cursus. On est aussi dans un système où les erreurs sont intolérables et non pardonnées alors que les élèves d’aujourd’hui ont besoin de plus en plus de liberté d’expression mais sont amenés à se taire pour ne pas faire des erreurs. Dès le début de notre parcours, on  exige l’obéissance et la subordination. L’instituteur ou le professeur a toujours raison devant ses élèves ou étudiants alors que ces derniers ont besoin de croiser les idées pour avoir une solution optimale.

Il y a aussi la question du redoublement qui est remis en cause. Aujourd’hui en France, le programme scolaire est très long, et les élèves qui ont des cerveaux qui n’assimilent pas facilement les cours vont le plus échouer aux examens. En effet on vit dans un système bourré de modules inutiles et qui incite à travailler uniquement pendant les examens et l’oublier les semaines qui suivent. On doit mettre en place des stratégies pour lutter contre l’échec scolaire. Soutien personnalisé, aide aux devoirs, allocation des meilleurs enseignants dans les écoles difficiles, voilà des mesures qui fonctionnent bien pour que tout le monde puisse avoir sa place dans les programmes mise en place par nos autorités pour le système éducatif.

Il y a un autre problème dans certains systèmes éducatifs, c’est l’incapacité à détecter les élèves en difficulté scolaire dès l’enseignement primaire, et de mettre en place des moyens pour qu’ils rattrapent leur retard. On nous fait subir tout le même programme sans chercher les capacités d’accumulation de tout un chacun. Tous les élèves n’ont pas le même type de cerveau et le système actuel ne fait pas cette distinction et puni certains élèves qui finalement préfèrent quitter l’école que d’être humiliés. Seuls les élèves brillants sont soutenus et félicités.

Il y a aussi le besoin d’adaptation du système à toute la classe sociale. Les personnes souffrant d’handicapmentaux, connaissant des difficultés d’apprentissage et possédant une faible maitrise de l’écrit et du calcul mathématique, risquent d’être exclues de la société. Elles sont souvent en rupture avec les systèmes d’éducation conventionnels et éloignées de la formation ou de l’emploi. Ils ont besoin de programme les intégrants et pas de formations qui n’incitent pas à la confiance en soi.

Mais beaucoup d’enseignants considèrent qu’ils n’ont pas à se préoccuper du soutien de ces élèves, d’autant plus que ni la formation initiale, ni la formation continue ne les préparent à cette pratique. Enfin, on peut signaler aussi le problème d’orientation des élèves qui est le plus souvent confiée à des psychologues qui ne connaissent pas le monde de l’emploi et du travail, et orientent principalement sur des critères scolaires. Il y a aussi le besoin d’adaptation des élèves en première année universitaire. En effet à l’école primaire, un seul professeur est chargé de l’enseignement de la classe, et dans l’enseignement secondaire, les cours sont dispensés par divers spécialistes des matières inscrites au programme selon des emplois du temps fixes.

Hormis ces défaillances, les systèmes éducatifs font beaucoup d’efforts pour relever le niveau mais certaines réformes ont du mal à émerger comme les systèmes alternatifs.

B. La difficulté d’une émergence des systèmes alternatifs

Plusieurs systèmes d’éducation alternative se développent à partir des années 1900. Parmi ces systèmes, on distingue 5 grandes pédagogies :

  • La pédagogie Montessori, dont la philosophie est d’apprendre aux élèves les notions à leur rythme pour mieux les assimiler. Dans cette pédagogie, l’enfant apprend de façon autonome avec du matériel mis à sa disposition. L’enseignant n’est là qu’en cas de besoin de complément d’informations ou d’aide et laisse l’enfant se débrouiller pour trouver la solution aux exercices. Tout est fait pour que l’enfant se sente en confiance dans ses capacités
  • La pédagogie Freinet qui prône des techniques basées sur le travail de groupe et le bien-être des enfants (végétarisme, douche froide, bain de soleil, médecines alternatives…). Cette pédagogie privilégie également la solidarité entre élèves grâce à des fichiers scolaires coopératifs remplaçant les manuels scolaires.
  • La pédagogie Steiner qui prône de nouveaux enseignements tels que les sciences occultes (mythologies) ou l’anthropologie par exemple.
  • La pédagogie Decroly qui consiste en une démarche proactive des enfants en leur proposant souvent des excursions et/ou des voyages dans le but de développer une démarche inductive allant du concret vers l’abstrait grâce à des observations sur le terrain pour acquérir des connaissances et des compétences. L’enseignant est le garant de la cohérence des démarches des jeunes dans l’acquisition des savoirs
  • L’apprentissage par l’expérience qui consiste à transformer une expérience en un concept abstrait servant par la suite au développement de compétences.

La plupart des formes d’éducation alternative se caractérisent par les intentions ou les critères communs suivants :

  • Mettre l’enfant au centre de l’éducation, au lieu des contenus
  • Rendre l’élève actif et participatif dans le choix à de ses apprentissage (méthode Freinet)
  • Apprendre l’autonomie. Maria Montessori définit cette pratique par la formule : « aide-moi à faire seul » ;
  • Libérer la créativité et l’esprit artistique ;
  • Aider l’enfant à avoir confiance en lui et développer son esprit d’initiative
  • Bannir la compétition, les notes et les classements
  • S’accommoder aux d’intelligences multiples, particulières et aux rythmes de chaque élèves (pédagogie différenciée)

Toutes ces pédagogies sont essentiellement enseignées dans les écoles privées. Chacune de ces pédagogies présente des points forts et des points négatifs vis-à-vis de l’enseignement traditionnel. Comme l’enseignement public et privé sous contrat suivent le programme élaboré par le ministère de l’éducation, l’enseignement alternatif doit s’harmoniser avec l’enseignement national. Cela n’est pas facile à mettre en place car les pédagogies alternatives dépendent des choix des enfants dans les connaissances qu’ils souhaitent acquérir. Le programme d’éducation peut partiellement voire totalement être différent du système traditionnel. Dans le système scolaire traditionnel, certains élèves n’arrivent pas à suivre le rythme et se retrouvent en situation d’échec ce qui entraine un décrochage et tant que le système ne permet pas une pédagogie individualisée et ne tient pas compte de l’intelligence multiple des élèves, on aura de plus en plus d’élèves en difficulté. L’instauration du collège unique et l’objectif d’un minimum de 80 % de bacheliers d’une classe d’âge a amené un flux important dans l’enseignement général et technologique au détriment de l’enseignement professionnel et ce sans réforme pédagogique réelle différenciée. Cette conception de l’éducation ne permet pas l’égalité des chances de réussite de l’élève et d’évoluer à son rythme. Les résultats montrent une grande  différence avec les résultats d’autres pays.

 La France possède la palme de la ségrégation sociale. Les bons élèves d’un milieu aisé restent les meilleurs et ceux issus d’un milieu défavorisé  sont en échec scolaire et avec l’arrivée de chaque gouvernement, la polémique rebondit sur les méthodes pédagogiques et l’école reste figée sans aucun changement

L’arrivée des systèmes alternatifs dans l’école publique est confrontée à des difficultés et des contraintes économiques ne permettant pas leur mise en place pour améliorer l’éducation de nos enfants. En effet, les 5 pédagogies innovantes testées dans certaines écoles permettent l’adaptation de l’éducation à la psychologie de l’enfant et à son rythme d’apprentissage ainsi que l’incitation à un apprentissage des notions de façon proactive. On peut observer une non-linéarité des connaissances et des compétences acquises ce qui constitue un frein à leur mise en œuvre et qui rend leur entrée difficile dans les mœurs sociales.

Ces pédagogies nécessitent de travailler en petits groupes, donc avec des classes à petits effectifs ce qui est économiquement impossible dans l’enseignement actuel. La pédagogie Freinet a fait son entrée dans l’école publique. Prenons l’exemple CM2 dans le 13e arrondissement de Paris, d’après une institutrice qui travaille avec la méthode :

 La difficulté consiste dans le fait d’instaurer des règles fixes et un rituel pour que la liberté de chacun puisse s’exprimer et aussi que les enfants doivent d’abord apprendre l’autonomie pour pouvoir mettre toute la méthode en place.

La difficulté est aussi dans la formation des professeurs désirant utiliser la méthode qui sont obligés de se former sur leur temps personnel et à la charge de l’association ICEM. A cause de ces freins posé par l’état, ICEM compte 3000 adhérents sur toute l’académie, donc difficile de développer un enseignement cohérent.

La méthode est aussi très difficile à poursuivre au second degré. Le fait que ça nécessite l’intervention de plusieurs professeurs, il faut donc une bonne coopération entre les enseignants et ça reste une utopie.

En plus les subventions et le crédit de l’enseignement alternatif et innovant ont été écornés ces dernières années et ils sont noyés au milieu de toute l’étendue des associations agréées par le ministère, et même si certaines sont reconnues par l’éducation nationale, ils n’apparaissent pas dans les textes ministériels, ni dans les programmes de formation des futurs professeurs des écoles.

La pédagogie Montessori est difficilement applicable car elle nécessite du matériel en quantité suffisante pour que les enfants puissent les utiliser ce qui demande un grand investissement. En plus les écoles Montessori sont toutes des écoles hors contrat et qui sont  régulièrement contrôlées par l’Éducation Nationale. Pour obtenir le statut sous contrat, il faut que leurs enseignants soient formés par l’éducation nationale, et ce n’est pas compatible avec les principes de l’éducation Montessori. Par exemple dans l’éducation Montessori, la lecture s’apprend par méthode syllabique ce qui est différent de l’enseignement public.

L’école Montessori reste chère vu de la non subvention de l’état donc pas à la portée de toutes les bourses, c’est une association dont 95% des recettes proviennent des parents et 5% des manifestations organisées comme loteries, marché de noël et kermesse

L’école doit donc payer :

 * les locaux et les charges afférentes (EDF, gaz, eau, ordures, assurances, entretien…)

 * les salaires et charges sociales,

 * Le matériel nécessaire à la pédagogie alternative,

 * les fournitures scolaires,

 * Les stages de formations des enseignants,

 * les ingrédients pour élaborer des plats bio

On observe un budget serré dans ces écoles et un salaire du personnel plus faible que dans l’enseignement classique. Le coût annuel moyen de la scolarité à l’école est de 3000 €.

En comparaison avec l’éducation nationale la dépense moyenne par élève en 2004 s’élève à 6 810 € avec une croissance moyenne de 2,4% par an. Le coût d’un lycéen en école publique a été chiffré aux environs de 7720 €, celui d’un étudiant en fac est de 6800 €. L’impact financier et psychologique est important pour les parents vu que l’école publique reste gratuite et même si globalement l’école Montessori reste moins chère qu’une école classique, elle ne trouve sa place que chez une population aisée.

 La pédagogie Steiner pose un problème dans le sens où les enseignements sont perçus comme étant proche d’une secte par la société, avec des approches de sciences occultes et de l’anthropologie. C’est une méthode utilisée en partie à la maison et dans un réseau d’écoles. Cette méthode n’a pas et n’aura pas de succès en France vu qu’on est dans un pays laïc.

 La pédagogie Decroly est difficilement applicable car elle nécessite des dépenses conséquentes pour organiser les déplacements des élèves. Quant à l’apprentissage par l’expérience, il est relativement possible, mais il faut investir dans des laboratoires. Cependant compte tenu des dépenses publiques, ces investissements sont impossibles à réaliser.

II. Une nécessité évidente à restructurer les systèmes éducatifs

Dans cette partie, nous nous attellerons dans un premier temps à exposer les finalités des systèmes éducatifs et à exposer les différents enjeux auxquels sont confrontés les systèmes éducatifs dans le monde globalisé. Nous expliciterons pourquoi les systèmes éducatifs sont appelés à évoluer et dans une deuxième partie nous présenterons les mesures et travaux en cours dans l’optique d’une restructuration de ces systèmes.

A. Les enjeux des systèmes éducatifs contemporains et les finalités de l’éducation aujourd’hui

La mondialisation produit des déséquilibres entre les pays et au sein des pays. Elle entraîne un processus de destruction créatrice à l’échelle planétaire. Aucune nation ne peut imaginer pouvoir créer de la croissance, en s’excluant du processus de mondialisation. La mondialisation peut se comprendre comme l’uniformisation des pratiques sociales et économiques à travers le monde. Il s’agit aussi d’une mutation sociale qui ne peut pas ne pas impacter l’école et les systèmes éducatifs. La mondialisation couplée avec l’émergence des nouvelles technologies de la communication a amorcé une transition des paradigmes économiques.

La production de savoir devient un fondamental de la croissance économique. Le phénomène de coopétition apparaît et se transpose très vite sur les systèmes éducationnels, qui sont eux-mêmes très affectés par les choix de leur pays respectifs, basés sur les avantages comparatifs. L’activité du marché entraîne l’élévation de niveau dans les domaines éducationnel et de formation. Beaucoup de facteurs sont pris en considération par les pays ; parmi ces facteurs, entrent en jeu le niveau de formation et la force de travail, essentiels pour assurer l’attractivité et la conservation des capitaux. Les pays sont donc, par le biais de la mondialisation, en compétition sur leur production de savoir.

Plus loin que la sphère économique et les secteurs du travail et de la formation, la mondialisation a aussi un impact culturel. Par l’utilisation des nouvelles technologies de l’information, la mondialisation minimise l’imperméabilité des frontières et, créé une culture universelle introduisant le concept de « citoyen du monde » dont doivent tenir compte les systèmes éducatifs. Le positionnement des pays par rapport à la mondialisation pose le cadre dans lequel se définissent leurs politiques éducatives.

Olivier Reboul définit l’épanouissement de l’enfant comme la première finalité de l’éducation, afin de permettre son adaptation et son intégration dans la société. Jacques Maritain pense cependant que le rôle assigné à l’éducation est de permettre à la société de se restaurer. Le reproche fait aux systèmes éducatifs est de s’éloigner de leurs finalités et de se concentrer uniquement sur les moyens. Ils devraient se pencher sur la construction spirituelle et personnelle de l’individu et permettre un passage serein de l’étape d’enfant à celui d’homme. La finalité de l’éducation n’est pas uniquement de permettre à un enfant de s’intégrer et de s’adapter à un environnement. La création d’un lien avec la communauté est inhérente à l’éducation. Les systèmes éducatifs doivent donc former des citoyens qui ont conscience qu’ils doivent participer à la progression de leur société.

Il reste cependant que, dans l’état actuel des choses, la finalité des systèmes éducatifs ne se perçoit pas comme tel. Les finalités énumérées plus haut sont idéalement celles qui devraient correspondre aux systèmes éducatifs. Le problème actuel est que les systèmes éducatifs tels qu’ils sont maintenant conçus font partie d’un système. Ils résultent tous d’alignement économique d’entités étatiques. Ils doivent donc répondre au but poursuivi par les Etats, ou du moins permettre que ces Etats atteignent leurs objectifs de développement. La finalité des systèmes éducatifs est donc biaisée de ce fait.

L’Union Européenne détermine deux finalités pour les systèmes éducatifs :

  • Les finalités stratégiques : qui sont comprises comme le développement individuel harmonieux et équilibré pour tous ; l’acquisition de compétences pour préparer tous à une intégration efficace dans la vie sociale et économique ; apprendre à apprendre tout au long de la vie.
  • Les finalités opérationnelles : quelles sont les compétences clés ; la communication dans la langue maternelle ; la communication en langues étrangères ; la compétence mathématique et les compétences de bases en sciences et technologies ; la compétence numérique ; apprendre à apprendre ; les compétences sociales et civiques ; l’esprit d’initiative et d’entreprise ; la sensibilité et l’expression culturelles.

Le premier enjeu auquel doit répondre un système éducatif est celui de réduire les inégalités. Toutefois, résultant des courants politiques en place, les systèmes éducatifs ne sont que le reflet des idéologies que ces premiers véhiculent. Leurs buts et objectifs sont définis par les politiques, qui définissent le budget qui permet aux systèmes éducatifs d’atteindre ces objectifs.

Nous remarquons souvent que les systèmes éducatifs ont des objectifs différents selon la classe de la population à laquelle ils s’adressent. L’exemple le plus illustratif que nous pouvons présenter est celui des Etats Unis d’Amérique, où les programmes scolaires diffèrent selon le taux de présence de minorités dans une ville. Dans ces zones, la qualité des enseignements et des infrastructures mises à disposition sont de moins bonne qualité ; et les taux de déscolarisation sont plus élevés. La raison du taux élevé de déscolarisation est expliquée par la perception d’inégalités profondes par les élèves et étudiants. Le sentiment qui ressort est que les politiques éducatives sont conçues de manières à empêcher l’accès à certaines formations aux minorités.

Ainsi, il est difficile – et nous pouvons le voir à travers l’exemple cité plus haut – pour les systèmes éducatifs de réaliser leurs finalités telles que définies par Olivier Reboul et Jacques Maritain ; du moment où ces systèmes s’intègrent dans une logique systémique d’Etat, de politiques gouvernementales dont ils ne sont pas vraiment indépendants. En faisant partie du système économique, avec un rôle dans la compétitivité des pays et sujet au caractère avilissant de la monnaie, le système éducatif perd sa valeur morale. La production de connaissance devient donc un objectif mercantile et déteint sur les systèmes éducatifs.

Un système éducatif doit être transparent et disposer d’une bonne gouvernance, en plus d’être autonome pour pouvoir activer les leviers qui lui permettent de réaliser sa finalité.

Le deuxième enjeu qui se présente aux systèmes actuels survient avec l’émergence des nouvelles technologies de la communication. En effet, leur émergence a accéléré la vitesse de communication et augmenté significativement la vitesse à laquelle se produit la connaissance. Aujourd’hui les réformes dans le domaine de l’éducation sont plus lentes que la vitesse à laquelle la connaissance se produit. De cette lenteur des réformes dans le système éducatif résulte un écart très important entre les besoins de la société et la manière dont les systèmes éducatifs y répondent. Cet état des choses remet sévèrement en cause la légitimité des systèmes éducatifs tels qu’ils sont conçus maintenant.

Un autre aspect de l’enjeu que ressortent les nouvelles technologies est l’impact social. Les nouvelles technologies ont changé le comportement de la nouvelle génération. La globalisation, en complexifiant les mécanismes d’offre et de la demande, a rendu le client empereur. Les pratiques du marché s’immisçant dans toutes les strates de la société ont affecté les comportements sociaux. La nouvelle génération est maintenant habituée à la personnalisation de l’offre à la demande ; elle change et s’irrite lorsque l’offre n’est pas conforme à sa demande ou si elle n’est pas personnalisable.

Ce nouveau comportement social dans le cas de l’école pose le problème de confiance. Beaucoup de jeunes aujourd’hui pensent que l’école ne sert pas leurs intérêts et ne répond pas à leurs préoccupations, car l’école fait partie de l’institution politique (qui, elle-même, n’a pas la toute confiance du peuple). La proximité entre l’école et la politique fait que la méfiance envers cette dernière rejaillit dans une moindre mesure sur la première. De plus, les nouvelles technologies offrent d’autres moyens d’apprentissage qui viennent concurrencer les systèmes éducatifs en présence.

Un dernier enjeu, lié au deuxième, concerne la recherche et le développement de l’intelligence artificielle. L’intelligence artificielle progresse énormément grâce au machine learning et à d’autres procédés qui lui sont propres. Aujourd’hui beaucoup d’activités qui autrefois étaient la chasse gardée de l’homme, sont maintenant réalisables par des robots. Sur le plan social, nous assistons à la suppression de plusieurs corps de métiers qui sont remplacés par des machines. L’enjeu est donc de redéfinir les compétences qui sont acquises à travers les systèmes éducatifs.

Les systèmes éducatifs devraient s’intéresser à identifier les compétences qui ne peuvent pas être développées par des machines, et réviser le contenu des programmes selon le besoin des apprenants. Si s’affranchir de leur dépendance aux systèmes politiques n’est pas chose évidente, penser à une certaine autonomie serait à prendre en compte dans les efforts de restructuration des systèmes éducatifs.

Des efforts de restructurations sont en projet dans les institutions internationales. Des cadres sont définis et continuent de faire l’objet d’études. Nous allons essayer de présenter dans la suite de notre analyse les mesures prises et l’état des politiques de restructuration des systèmes éducatifs.

B. La restructuration des systèmes actuels

Afin de bien restructurer les systèmes éducatifs actuels, il faut non seulement avoir une stratégie de long terme, mais aussi mettre en avant les éléments qui définissent cette stratégie, afin d’avoir des élèves productifs, d’une société libre et démocratique, qui restent en même temps attaché à leur pays. Par ailleurs, des élèves qui ont la volonté d’édifier une société évoluée et cohérente, où les citoyens sont unis dans un climat de liberté, de fraternité et d’égalité:

  • La formation de la personnalité individuelle: La formation de l’individu doit être conçue de telle sorte qu’il puisse se réaliser lui-même, assumer ses responsabilités, adopter un comportement moral, traiter avec autrui dans un esprit de citoyenneté responsable et de fraternité humaine dans les domaines suivants:
    • Intellectuel et cognitif : savoir et compétences
    • Affectif et moral : prises de position, valeurs
    • Dynamique : comportement
  • Formation du citoyen : à partir de laquelle on pourrait édifier une société unie, homogène, capable d’assumer le rôle dans la civilisation mondiale, à travers la formation de citoyen qui est
    • Fier de son appartenance et son identité
    • Œuvrer pour l’intérêt public et soumis aux lois de son pays
    • Imprégné de l’histoire de son pays et aspirant à une société ouverte à toute l’humanité
    • S’efforce d’instaurer un esprit de paix dans ses relations individuelles ainsi que dans les relations sociales.
    • Soucieux de développer sa culture et ses connaissances, sa sensibilité artistique, d’exercer sa créativité et d’affiner son goût esthétique
    • Capable, à travers tout son itinéraire scolaire et avec l’orientation pédagogique adéquate, de choisir en toute liberté une carrière et de poursuivre, de manière autonome, son ascension sur la voie de la connaissance et du développement professionnel
    • Conscient de l’importance de la technologie, capable de s’en servir, de la développer et de réagir avec elle à bon escient et en toute maîtrise

Pour se conformer à cette restructuration, l’éducation ou les systèmes éducatifs doivent se réformer en profondeur.

Le développement de quatre domaines dans l’éducation : à savoir :

  • Le contenu des programmes
  • La méthodologie de l’enseignement
  • La formation et le recyclage continu du cycle éducatif
  • L’évaluation et le control continu de toutes les parties prenantes du système éducatif.

Par ailleurs ce développement, se fait sentir par différentes réformes :

  • La mise en place d’une gestion plus souple des rythmes d’apprentissage : à travers des cycles pédagogiques permettant notamment de mieux articuler l’enseignement préélémentaire et élémentaire au sein de l’enseignement primaire, encore appelé « enseignement de premier degré »
  • La réponse aux besoins spécifiques de certains élèves : En droit, il y a l’obligation d’instruction et non de scolarisation. D’où de très rares cas d’instruction à la maison, notamment pour des familles de haut niveau culturel qui, par exemple, se déplacent beaucoup pour des raisons professionnelles. D’autres cas concernent les gens du voyage (notamment la communauté Tsigane) ou des familles pauvres, souvent récemment immigrées, vivant en marge de la société.
  • La gestion des transitions entre niveaux d’études: Un type d’action visant à réduire l’échec scolaire concerne l’amélioration de la gestion des transitions entre cycles d’enseignement qui constituent des moments critiques du cursus scolaire : passage de l’enseignement élémentaire au collège et passage du collège au lycée.

  CONCLUSION

 A travers cette étude, ce qui ressort  est cette sorte de paradoxe qu’il y a entre la  non adéquation des systèmes que nous connaissons actuellement, avec les besoins des sociétés malgré les efforts qui sont en train d’être fait de part et d’autre.  Ce qui fait qu’on se retrouve dans une situation où les systèmes bien se voulant inclusifs, ne répondent pas toujours aux besoins de nos sociétés, d’un Coté. De l’autre côté c’est le délaissement total des systèmes alternatifs par les gouvernants de certains pays, bien que ces systèmes pourraient bien jouer un rôle de complément aux systèmes conventionnels.

Ce paradoxe pourrait s’expliquer en effet,  par les enjeux qui structurent même un système éducatif.

Mais aujourd’hui de plus en plus certains pays, ayant pris conscience de cette difficulté essaient de favoriser des systèmes alternatifs, en mettant en avant la possibilité d’avoir un enseignement personnalisé. Ce qui pourrait correspondre à tout un chacun et aussi diminuer le sentiment de reproduction sociale que certains fustigent avec véhémence.  Dans cette même optique des instances internationales telles que l’Unesco, sont en train d’élaborer des programmes qui pourraient à long terme rejoindre les systèmes alternatifs ou du moins rendre les systèmes éducatifs plus égalitaires et plus inclusifs que ce qu’ils ne sont aujourd’hui.

Ainsi, avec ces différents programmes, l’on pourrait effectivement s’attendre à un changement radical  des méthodes de transmissions de la connaissance notamment avec tous les outils que nous possédons actuellement. Mais sur une projection de 10, le délai nous semble trop court au vue des enjeux de l’éducation, pour que les systèmes changent d’une manière radicale.

Par Alpha Diallo et Kevin Kowu, promotion 2017-2018 du M2 IESCI

WEBOGRAPHIE

http://www.revue-projet.com/articles/2003-4-quelles-finalites-pour-l-education-aujourd-hui/

https://blogs.mediapart.fr/bernard-collot/blog/290916/les-finalites-de-lecole-enfin-posees-dans-un-rapport

http://education3.canalblog.com/archives/2015/03/25/31765127.html

http://theconversation.com/ecole-et-republique-finalites-et-objectifs-du-systeme-educatif-et-de-lecole-5-61704

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