Origine du malaise catalan et instrumentalisation du FC Barcelone

Un contexte historique et culturel propice à l’influence :

La catalogne est légèrement plus grande que la Belgique avec une superficie de 31950 km 2. Elle est constituée de 7.5 millions d’habitants soit 16% de la population nationale de l’Espagne. Elle représente avec ses 4 villes principales, ses 4 aéroports internationaux, ses trois principaux ports de croisières, ses 9 sites de l’UNESCO classés patrimoine de l’humanité, la première région touristique d’Espagne.

En quelques chiffres clés, la catalogne, c’est : 20% du PIB de l’Espagne, 30% des exportations, 50% de l’activité à valeur ajoutée de l’Espagne et 13.2% de chômage. Elle possède une économie diversifiée et dynamique, pourtant elle est la région la plus endettée d’Espagne.

La région a amorcé depuis très longtemps des démarches pour obtenir son indépendance et devenir une nation à part entière. En effet le gouvernement Catalan estime que l’Espagne constitue un frein à son développement optimal. Le sentiment est perçu comme une exploitation injuste par le pouvoir central qui investit de manière incorrecte les ressources collectées dans des projets sans suites ni portée financière.

Pour comprendre l’histoire des revendications catalanes aujourd’hui, nous estimons nécessaire de faire un retour historique pour éclairer les fondements, les sources et les événements qui aboutissent aujourd’hui à cette idée de l’indépendance d’une partie du territoire espagnol.

L’HERITAGE CULTUREL HISTORIQUE DE LA CATALOGNE :

Nous sommes entre les 5e et 12e siècle, les WISIGOTHS se sont installés sur les terres qui feront la future Catalogne et contribuent à ramener une stabilité, un essor économique et le développement de nouveaux centres urbains dont la ville de Barcelone qui servira de capitale au royaume WISIGOTH. En 718, la région passera sous la domination musulmane qui se caractérise par un enrichissement culturel et scientifique de la région.

La Catalogne et sa langue naissent véritablement au 9e siècle, héritant d’un passé culturel riche et restée en contact avec les territoires demeurés sous domination musulmane, elle représentera un lien entre les mondes arabo-musulmans et chrétiens et devient une plaque tournante européenne et une plate-forme des échanges commerciaux et culturels scientifique et techniques. Elle sera aussi l’un des foyers de la Reconquista et un important foyer artistique et intellectuel grâce à la présence de riches bibliothèques d’ouvrages artistiques wisigothiques et arabes. – La culture catalane s’affirme déjà très autonome à l’époque lorsque le « pouvoir central » manque à ses obligations envers elle la fondation de la Catalogne est motivée par le désir de prendre en charge sa propre sécurité, car les suzerains des rois francs de l’époque étaient jugés incapables d’assurer la protection du territoire.  –Cette façon de faire des catalans trouve déjà sa source dans l’histoire du peuple catalan et est la résultante de son passé glorieux et la particularité de sa richesse intellectuelle économique et artistique qui lui permet de prétendre à une autonomie réelle. –

En 1137, la princesse d’Aragon et le comte de Barcelone s’unirent et donnèrent naissance à la couronne d’Aragon qui développera par la suite un mode d’administration inédit décentralisé pour répondre aux fortes différences tant politiques que linguistiques des deux parties de la couronne. –Il s’agit ici de la deuxième manifestation de la rigidité de la culture catalane qui se veut souveraine, Nous pourrions interpréter ceci comme une fierté et un désir de garder son originalité face aux autres cultures.Car même une union politique n’a pas permis d’homogénéiser la culture aragonaise et catalane.

L’essor économique et commercial connu par l’occident au 12e et 13e siècle est en partie impulsée par cette union catalano-arogonaise.

En 1348, la Catalogne amorce son déclin, touchée par la peste noire, et la mort sans héritier en 1348 du dernier souverain de la maison de Barcelone Les Catalans résistent à l’envahisseur castillan pendant trois cents ans.

LE REVE DE LA REALISATION D’UNE REPUBLIQUE CATALANE ET LES DICTATURES SUCCESSIVES :

Entre guerre de succession et rébellion, on assiste pour la première fois en 1640 à la proclamation d’une république catalane par les catalans irrités par la politique centriste du ministre Olivares qui veut supprimer les privilèges locaux de ceux-ci et les obliger à participer à l’effort de guerre jusque-là soutenu par les castillans. Cette première revendication se solde par la partition de la catalogne, dont une partie rejoindra le royaume français et la seconde, reconquise par l’Espagne, se voit reconnaître le respect de ses lois et institutions.

 Cette situation ne dura pas bien longtemps car, le 11 septembre 1714 la guerre de succession d’Espagne prend fin par la prise de Barcelone. Depuis, cette date marque la fête nationale catalane, la “Diada”, qui commémore la reddition de Barcelone et symbolise pour les Catalans le début de leur “martyr”.

L’aura de la Catalogne s’affaiblit et de par là son rôle politique et culturel. Toutefois elle est annexée en 1812 par l’empire français et elle sera la seule région espagnole à avoir vraiment connue la révolution industrielle au XIXe siècle ce qui la mettra en avance par rapport aux autres régions espagnoles sur le plan économique.  La Catalogne dans la même foulée connait un renouveau culturel et retrouve son statut de foyer de l’art contemporain. A partir de ce moment l’histoire catalane se caractérise par une répétition de revendications, de quasi accord d’autonomie puis de l’échec des progrès effectués vers une affirmation de la nation catalane Toute cette dynamique relance les revendications linguistiques et nationalistes de la catalogne qui aboutit à la création de la Mancommunauté de Catalogne ; celle-ci présentait un ambitieux projet de modernisation qui ne verra pas le jour, car aboli par la dictature de Miguel Primo de Rivera. En 1931 la république catalane est proclamée suite à la victoire électorale des partis catalanistes de gauche qui obtiennent du gouvernement espagnole un statut d’autonomie dont le préambule l’a définie comme une nation.

Ce statut ressuscite l’institution de la généralité de Catalogne qui développe elle aussi un programme social et culturel avancé. Mais en 1939 ce statut est suspendu après soumission aux troupes nationalistes de la dictature franquiste qui assassine dans la foulée le président catalan Lluis Companys.

LA DICTATURE FRANQUISTE ET LA CULTURE CATALANE :

La dictature franquiste marque la fin de l’autonomie pour toutes les régions espagnoles.  Le régime franquiste se caractérise par un centralisme exacerbé et un refus catégorique de tout droit politique ou culturel des régions. En effet Franco cultive le nationalisme et identifie l’affirmation de différentes cultures au sein de l’Espagne comme fragilisant l’institution et ne permettant pas la réalisation d’un intérêt national. Le régime rejetait systématiquement le laïcisme et s’opposait à toute tendance cosmopolite et libéraliste.

On perçoit déjà l’antagonisme entre la culture catalane et l’esprit du régime en place. Historiquement la Catalogne s’est construite sur une souche multiculturelle et était très attachée à sa diversité culturelle qu’elle n’a jamais cessé de revendiquer.

Identifiée comme un obstacle majeur pour la politique nationaliste de Franco, les mesures radicales du gouvernement n’ont pas tardé à venir.

L’une des mesures entreprises par le régime contre les catalans passe par une acculturation à la base, la langue catalane est interdite d’usage public, et avec elle tout symbole catalan. Les enseignements sont dispensés en langue chrétienne uniquement (le castillan). L’usage de la langue est interdit dans les administrations. Les célébrations culturelles catalanes sont aussi interdites.

 Une deuxième mesure prise par le gouvernement franquiste est d’encourager une migration intra espagnole massive en terre catalane. On assiste aussi à l’arrestation de dirigeants catalans. Le but de ces manœuvres est clair, enrayer totalement tout lien des catalans avec leur culture et ensuite par l’immigration massive, recréer une culture espagnole progressivement. Ces répressions ont entraîné l’exil de beaucoup d’intellectuels catalans.

En réaction à toute cette persécution les catalans cultivaient leur culture dans le domaine privé, et s’abstenaient de participer aux prises de décisions populaires (votes). Ils exprimaient aussi leur culture par des moyens artistiques : l’art, la musique et le sport.

Le sport a joué un rôle plus prépondérant dans la conservation d’une identité culturelle pendant la période franquiste. Les actions majeures de revendications de culture se sont manifestées à travers le football et les différentes équipes qui constituaient un moyen de propagande et de révolte.

Le nationalisme Catalan aspire donc à restaurer la culture catalane longtemps étouffée par les mesures répressives du régime franquiste pour favoriser sa disparition. Les catalans estiment que le sous-développement de l’Espagne contraste avec le rayonnement économique de leur région. Sur le plan politique le constat est le même, la non implication des catalans dans le processus décisionnel de l’Etat, et le faible poids international de l’Espagne sont entre autres des raisons qui motivent le désir d’indépendance de la région Catalane.

LE FC BARCELONE, SON IDENTIFICATION INTRINSEQUE A LA CULTURE CATALANE ET SON ROLE DANS LES REVENDICATIONS DE LA CATALOGNE PENDANT LA DICTATURE FRANQUISTE :

Le contexte du sport sous franco mérite aussi d’être dépeint et nous allons le faire en quelques lignes afin de permettre une claire compréhension du lien entre le FC Barcelone et la Catalogne.

Après la deuxième guerre mondiale, l’Espagne bien que n’y ayant pas pris part est considérée comme l’un des derniers représentants du fascisme en Europe. Cette allusion au fascisme est en partie due à la relation qu’entretenait Franco avec les régimes allemands et italiens. De ce fait, l’Espagne avait une mauvaise image et était boycottée sur le plan international. Le sport était donc pour le régime Franquiste un moyen de communication et de propagande à l’extérieur de l’Espagne pour restaurer une image ternie qui rendait difficile l’affirmation de la nation sur le plan international.

La politisation du sport et du football passe à l’époque par la nomination a des postes culturels ou sportifs, de partisans du régime en place et très souvent d’ancien membres des Phalanges (les Phalanges était un parti politique fondé en 1933 par José Antonio Primo de Rivera, le fils du dictateur militaire des années vingt. Dans l’idéologie de ce parti on retrouvait de nombreux concepts de l’Italie fasciste : la défense des valeurs chrétiennes contre le danger du marxisme, un état autoritaire capable de créer une société sans classes qui favoriserait les intérêts des ouvriers et l’expression impérialiste aux dépens des races les plus faibles.).

La mission était simple : assurer la distillation des principes du régime dans les divertissements. Sur le territoire national, le régime utilisait le sport en général et le football en particulier comme une drogue sociale pour véhiculer des messages nationalistes et assurer la passivité des masses qui utilisaient le sport comme moyen de s’évader de la dictature franquiste. Sur le plan international, le football par le biais de l’équipe nationale, les clubs principaux de la capitale, le FC Barcelone, l’Athletic Bilbao, l’Atlético Madrid et surtout le Réal Madrid par leurs voyages fréquents et l’accueil en Espagne d’équipes étrangères contribua à la reconstruction d’une image positive de l’Espagne.

Une fois le décor posé de manière brève, nous allons nous pencher sur le cas de L’équipe du FC Barcelone et son implication pour la région catalane.

Pris dans un contexte de phénomène de société, l’équipe de football a une fonction de représentation d’une communauté, qu’elle soit locale, régionale ou nationale. Cela se perçoit dans l’utilisation des maillots, écusson, hymnes et couleurs.

 En incarnant une communauté par la représentation de ses valeurs, l’équipe de football peut créer un processus d’identification, un lien profond entre les supporters, l’équipe et la culture de la communauté.

Nous avons découvert dans nos recherches que l’identification s’entend comme une individualisation par rapport aux autres qui ne partagent pas les mêmes valeurs ou en général les autres communautés.  De ce fait la victoire d’une équipe sur une autre peut être interprétée comme la prédominance d’une communauté sur une autre. On comprend mieux la signification et la portée de certains derby. Il n’est donc pas étonnant de constater que certaines rivalités footballistiques retrouvent leurs origines dans la société où les équipes sont implantées, des rivalités historiques entrée des familles sont transposées sur le terrain de foot pendant 90 minutes. Ceci permet dans le contexte politique prédominant à l’époque Franquiste, pourquoi le football jouait un rôle de vecteur de revendications.

De l’historique de la Catalogne, nous pouvons remarquer que les traits caractéristiques suivant ont été répertoriés : l’amour du passé, le travail bien fait, le bon sens et la victimisation.  Des traits identitaires qui ont été rapidement transposées au FC Barcelone sous la dictature franquiste.

Sous Franco, pour le rappeler, une politique d’acculturation avait été mise en place pour faire disparaître les cultures minoritaires et assurer une nationalisation harmonieuse de l’Espagne. Et l’un des moyens par lequel s’organisait la résistance était le football. Nous imaginons que cela devait aussi être plus simple, le régime utilisant le sport comme moyen de propagande à l’international, il tolérait certainement certains écarts sur le plan national.

Le FC Barcelone a été fondé en 1899 par Haus Gamper premier président et nationaliste catalan assumé. Dès sa création, le club reprend le blason de la ville pour écusson et incorpore le drapeau catalan avec la croix de saint Jordi, un ensemble représentatif de la communauté catalane, pendant un moment où l’utilisation de tels symboles était réprimée par la dictature. Le stade faisait office de place ouverte à la rébellion, où le peuple parlait un langage banni, ouvertement et sans se cacher. En d’autres termes un exutoire de premier ordre. Les politiques catalanes se retrouvaient donc assez souvent sur le stade du FC Barcelone pour s’organiser ou faire des revendications. L’équipe prenait donc une signification importante pour la culture et le peuple catalan.

Dans la même ville une autre équipe de football, le Real club Espagnol, se caractérisait elle par affiliation aux principes du régime en place avec la couronne royale comme représentation symbolique, une équipe constituée sur un recrutement national contrairement à l’équipe du FC Barcelone qui se voulait, elle, cosmopolite par son recrutement en opposition aux principes du régime.

La rivalité entre ces deux équipes dépassait le cadre purement sportif pour être politique par processus d’identification. Le FC Barcelone représentait donc la résistance catalane et le Real club Espagnol représentait le régime dictatorial.

Les liens entre le FC Barcelone, la communauté catalane et la politique se sont renforcés au fil du temps par le biais de nombreux fait historique qui les rapprochaient de plus en plus.  En 1917 par exemple, le FC Barcelone institutionnalise le catalan comme langue officielle de l’équipe. Les affaires courantes se feront maintenant en langue catalane. Le 11 septembre de la même année le club commémore la Dia nacional en rappel de la reddition de la catalogne au royaume espagnol. De fait, les supporters blaugranara scandent à la 17e minutes 14e secondes le chant « ind,inde , independancia » pour rappeler cet évènement et clamer leur désir d’indépendance.  En 1918 le FC Barcelone soutient publiquement la campagne politique en faveur de l’autonomie de la Catalogne menée par la liga régionaliste, on lira le 25 novembre 1918 dans la voz de la catalonya « du statut d’un club de catalogne, le FC Barcelona est devenu le club de la catalogne ».  Le 14 juin 1925 l’hymne national espagnol est huée par le stade barcelonais. S’en suivent des représailles du régime : fermeture du stade pendant six mois et démission forcée de Haus Gamper, renforçant l’identification de victime du pouvoir central, ce qui fortifie le lien émotionnel entre le FC Barcelone et le peuple catalan. En 1933 on peut lire dans le Boletin del FC Barcelona, « le FC Barcelona signifie quelque chose de plus qu’un simple club de football ». Le 6 Aout 1936, Josep Sunyol alors président du club qui associe le club à l’idéologie républicaine catalane est assassiné par les armées franquistes durant un contrôle de routine. (Ce qui rappelle historiquement l’assassinat du président catalan de l’époque Lluis company).

Le FC Barcelone utilisera sa tournée mexicaine de l’époque pour renflouer les caisses mais aussi pour faire écho sur le plan international de la situation de la Catalogne. En 1940 le régime en place intervient pour mettre fin à l’ampleur politique que prend le FC Barcelone dans les affaires catalanes en faisant élire Pinero Enric pour mettre en place une « espagnolisation » de l’institution FC Barcelone. On assiste à une modification des armoiries du club, la senyera est remplacée par le drapeau espagnol et le club change de nom. Le FC Barcelona devient Barcelona club de Futbol. Mais les effets escomptés ne sont pas ceux attendues, au contraire ces actes renforcent le sentiment de dictature et réaffirment le sentiment régionaliste en plus du rôle prépondérant du FC Barcelone dans la promotion de la culture et de l’identité catalane.

Des actions contre le FC Barcelone ont aussi aidé à renforcer le sentiment de persécution du club et indirectement de l’identité catalane, l’idée chez les catalans que les institutions étatiques avaient le désir de mettre tout en place pour assurer la suprématie du club madrilène sur les rivaux catalans. Le Real Madrid est considéré sous la dictature par les catalans comme un instrument franquiste pour redorer l’image espagnole à l’international ; il représente donc pour eux l’Etat oppresseur et les classico de l’époque étaient perçus comme des matchs entre deux nations, espagnole et catalane. On peut rappeler deux cas en l’espèce :

  • Le premier est celui de la coupe d’Espagne de 1943. Le FC Barcelone opposé au Real de Madrid emporte la première manche 3 à 0, mais perd la deuxième manche 11 à 1 suite à des représailles musclées et des menaces à l’endroit des joueurs. Le but de la manœuvre est d’éviter l’interprétation d’une possible victoire de l’équipe du FC Barcelone sur le Real Madrid comme une supériorité idéologique (assertion politique).
  • Le deuxième fait est le recrutement de Di stefano en 1953, le FC Barcelone avait déjà entamé des négociations avancées avec le joueur lorsque le Réal de Madrid s’est immiscé dans les négociations. L’affaire a été portée devant les tribunaux sportifs qui avaient à l’époque donnés un verdict très étrange stipulant que le joueur jouerait une année sur deux pour l’un des deux clubs, le FC Barcelona refusa cette proposition et se retira des négociations. Les années qui suivent confirmerons la puissance du Réal de Madrid et une série de trophées par le bais de ce joueur. Fait qui restera au travers de la gorge du FC Barcelone et spécialement des catalans.

En 1957, le FC Barcelone inaugure le plus grand terrain de football du monde, le Camp Nou, en témoignage de la suprématie catalane et du FC Barcelone sur le Real Madrid et la dictature. En 1968, Narcis de Carreras lors de son discours d’investiture à la présidence du FC Barcelone dit ceci « El Barça es mes qun club » pour dire que le FC Barcelone transcende la dimension sportive pour atteindre la dimension sentimentale, et est un outil d’intégration sociale. Dans la même verve, Antoni Rivora déclara : « le Barça, ce n’est pas seulement un ballon, pas seulement un patrimoine, pas seulement des chiffres et une trésorerie ; mais aussi des émotions et des sentiments… Le Barça représente une nation, la catalogne qui ne jouit pas d’une entière reconnaissance de sa personnalité »

Le rôle politique joué par le football pendant la dictature franquiste est donc non négligeable et ce dans toutes les régions espagnoles ; les équipes comme le FC Barcelone pour les catalans, l’Athletic Bilbao pour les pays basques ont ajouté leurs épingles au jeu des politiques en permettant de mettre en évidence les oppositions au régime. Une remarque anodine mérite quand même d’être rappelée. L’oppression du régime en territoire basque était plus physique qu’intellectuelle, tandis qu’en territoire catalan elle était essentiellement intellectuelle. Ceci a eu des répercussions sur les systèmes de jeu des deux équipes, les basques privilégiant un système de jeu agressif et physique, et les catalans un système de jeu imaginatif et créatif. Une autre preuve du lien existant entre l’équipe du FC Barcelone et la communauté catalane.

Le FC Barcelone : entre envies identitaires et réalités économique et sportive. 

QUI SE CACHE DERRIERE LE CLUB ?  LES PRESIDENTS SE SONT SUCCEDES DEPUIS DES DECENNIES SANS AVOIR LA MEME PLACE DANS LE DEBAT :

Aujourd’hui, pour mieux comprendre quelle place occupe le Football club de Barcelone et quelle influence il s’efforce à avoir sur les scènes politique et économique, il est nécessaire de comprendre qui se cache derrière l’institution du FC Barcelone. Il semble important de constater que le président actuel du club Josep Maria Bartomeu est plus réservé sur la question de l’indépendantisme et sur l’identité catalane que son prédécesseur, Joan Laporta qui fût à la tête du club catalan entre 2003 et 2010. Ce dernier a notamment joué un rôle important en terme de revendications puisqu’il a fait signé à tous les prétendants à la présidence du club en 2015 une charte « Compromis de pais » qui stipulait : « Soutenir les actions en faveur du droit à décider du peuple de Catalogne et à mettre le club du côté de la décision que prendra le peuple catalan dans son exercice libre d’autodétermination (…), à faire du FC Barcelone un agent actif de la promotion de la Catalogne dans le monde, de sa langue et sa culture, du tourisme et du processus de transformation politique que vit le pays.

Laporta avait lui-même une étiquette politique puisqu’il s’est présenté en tête de liste pour les élections régionales de 2010 pour le parti indépendantiste Solidaritat Catalana per la Independència et finira même à la mairie de Barcelone en 2011, en tant que conseiller municipal. La position moins impliquée sur l’autodétermination de son successeur Bartomeu réside probablement dans le fait qu’il n’a pas les mêmes intérêts personnels, qu’ils soient politiques ou économiques. En effet, lorsqu’on sait qu’il est associé et conseiller des sociétés ADELTE Group (ingénierie pour ports et aéroports) et EFS Equipo Facility Services (groupe d’entreprises de services pour la maintenance de terminaux et équipements électromécaniques), on comprend bien que ses intérêts sont plus sensibles à la mondialisation car bien que son siège social soit Barcelonais, la firme a également implanté des bureaux à Madrid et à Miami. Un choc économique et politique, conséquence d’une proclamation d’indépendance desservirait le responsable d’entreprise qu’est Bartomeu. On peut donc comprendre aisément pourquoi il semble moins concerné par l’utilisation du club dont il a les rênes en tant que lobby potentiel auprès des autorités catalanes et espagnoles.

Ces dernières années et surtout ces derniers mois, les actions menées pour l’indépendance catalane au sein du monde du football et du club catalan ont été menées ponctuellement et plutôt indépendamment des dirigeants du club. Le président et le club se contentent du minimum, de quelques communiqués et actions ces dernières semaines face à l’accentuation du mouvement indépendantiste comme pour éviter de subir des critiques de la part des supporters du club, « les socios » qui sont aussi actionnaires du club et  électeurs de Bartomeu au poste de président quelques années auparavant. Cela a d’ailleurs été mis en exergue par l’ancien président Joan Laporta qui via ses déclarations a reproché un manque d’investissement de la nouvelle direction concernant l’identité catalane. En parallèle, il est important de souligner que deux des dirigeants du club ont démissionné le jour du référendum interdit en catalogne prétextant que le maintien du match entre le FB Barcelone et Las Palmas ce jour-là était inacceptable. La direction avait seulement décidé de disputer le match à huit clos, ce qui témoigne bien de l’envie de Bartomeu de ne s’attirer la colère d’aucun parti en pratiquant une politique à moitié engagée seulement lorsque l’on sait que les socios réclamaient plutôt que le match ne soit pas joué ce jour-là.

DES ACTIONS MOINS FORMELLES MENEES PAR DES PERSONNALITES DU CLUB OU DES SUPPORTERS :

Des actions en marge venues des spectateurs catalans sont à mettre tout de même en évidence comme par exemple le retentissement d’un chant pro-indépendantiste à la 17e minute et 14e secondes de chaque match de football au Camp Nou pour faire écho au siège historique de Barcelone en 1714 lors de la guerre de succession d’Espagne. De grandes figures catalanes ont également pris position dans le débat politique, c’est le cas notamment de Gerard Piqué qui en a subi les conséquences lors d’un entraînement près de Madrid avec la sélection nationale espagnole, où les supporters l’ont copieusement sifflé.

LES DIRIGEANTS DOIVENT FAIRE FACE A UNE NOUVELLE REALITE : UN MONDE MONDIALISE QUI MET SOUS PRESSION LA DIRECTION ET DERANGE TOUTE ENVIE INDEPENDANTISTE

UN OUTIL DE LOBBYING : LES DROITS TELEVISUELS

Outre les intérêts personnels que pourrait avoir à défendre Bartomeu dans l’exercice de ses fonctions au club, on peut se demander pourquoi les dirigeants du club sont plus nuancés sur l’autodétermination catalane. Effectivement, il paraît incontestable de parler de la position du club sur la scène internationale, autant d’un aspect économique que vis à vis de sa notoriété sportive qui en découle. Aujourd’hui, le club sait qu’il risque de faire face à des revenus diminués si, via l’indépendance de la catalogne, il est possible qu’il soit obligé de s’exiler dans un championnat étranger. En effet, le club bénéficie d’une part des droits télévisuels vertigineux pour sa participation au championnat espagnol. En 2016, il touchait à hauteur de 140 millions d’euros en droits tv le plaçant en tête des revenus issus de ces droits tv à égalité avec son éternel rival, Le Real Madrid. Pour information, l’Atletico Madrid qui vient compléter le podium en a perçu tout juste la moitié, ce qui prouve la puissance économique du club en Espagne.

Au regard des données traitant des droits télévisuels par championnat et par pays, on peut observer que les championnats (français et italien), qui pourraient accueillir le FC Barcelone offriraient des perspectives financières moindres que celles que la Ligue espagnole peut leur rapporter en termes de droits télévisuels actuellement. C’est donc ici qu’on peut voir que le club du FC Barcelone est contraint économiquement à ne pas envisager une délocalisation dans un autre championnat.

De plus, si indépendance il devait y avoir, le club du FC Barcelone serait écarté de la ligue espagnole, c’est Javier Tebas, le président de la ligue espagnole en personne, qui le déclare. On ressent ainsi un léger souffle d’incertitude dans les médias. En effet, Javier Tebas a affirmé que l’appel d’offre pour la commercialisation des droits télévisuels pour la période 2018-2021 a été suspendu en attendant que la situation politique qui pèse la catalogne, soit clarifiée. On peut imaginer difficilement qu’un diffuseur soit prêt à répondre généreusement à l’appel d’offre si des actions comme la réalisation de matchs à huit clos est répétée car on sait l’importance que peut avoir la présence des supporters dans un stade et le rendu télévisuel que cela peut générer en termes d’ambiance de match et donc d’audience. Les audiences en seraient encore plus touchées si le club catalan était amené à devoir quitter le championnat espagnol.

Cette puissance est comme stimulée par cette rivalité avec le club castillan du Real Madrid qui pour des raisons historiques et marketing fait office de locomotive pour le championnat de football espagnol. Si le club quitte le championnat, il sera alors moins fréquent de pouvoir assister à ce derby, à part peut-être lors des compétitions européennes mais la possibilité semble plus rare et donc une grande partie de sa notoriété pourrait être mise en danger.

LE FC BARCELONE : AUJOURD’HUI, UN CLUB EUROPÉEN PLUS QU’UN CLUB CATALAN :

Aussi, il est important de noter que la popularité du club est aujourd’hui mondiale : selon l‘Equipe Magazine, en août dernier lors de certains matchs, les tribunes étaient remplies à 80% de touristes. Cela amène donc à relativiser la marge d’action que peut avoir le club dans ses envies d’affirmations identitaires car aujourd’hui, on le voit plus comme un grand club européen que comme la capitale catalane. Ici, on semble voir apparaître un conflit entre les envies et revendications politiques que peut avoir le club et les impératifs économiques d’un grand club européen qui a une image de marque à tenir et des performances sportives à garantir pour garder sa crédibilité dans la sphère footballistique.

Mais on peut se demander si le club ne peut pas user de cette notoriété sur la scène espagnole pour faire du lobbying en faveur d’une indépendance. Par exemple en négociant une possibilité de jouer dans le championnat espagnol malgré une possible indépendance catalane, et ce sous certaines conditions qui pourraient être rentables économiquement pour le club tant il apparaît comme l’une des têtes d’affiche du championnat espagnol. Cette position de force est tout à fait envisageable lorsqu’on sait que de nombreux championnats seraient certainement prêts à accueillir un ogre du football européen dans son championnat. Les ligues de football française et italienne se seraient d’ailleurs déjà éventuellement positionnées comme terre d’accueil en cas d’impossibilité pour le club de continuer dans la ligue espagnole. Vous l’aurez bien compris, plus la situation instable persiste, plus la Ligue espagnole va se confronter à une difficulté de taille : la fuite des diffuseurs qui vont s’orienter vers d’autres championnats plus sûrs comme par exemple le championnat italien qui pourrait en tirer les bénéfices. Ainsi, c’est le FC Barcelone se retrouve au cœur du débat lorsqu’il s’agit pour la ligue espagnole d’établir sa stratégie pour les années à venir en termes de ressources financières apportées par les diffuseurs. Le FC Barcelone ne pourrait-il pas user de cette position pour influer sur les décisions des autorités espagnoles ?

D’AUTRES CLUBS SE SONT VUS POLITISES CES DERNIERES ANNEES : LE FC BARCECLONE N’EST PAS UN CAS ISOLE :

L’utilisation d’un club comme le FC Barcelone n’est pas un phénomène marginal, d’autres clubs ont été exploités à des fins politiques. C’est le cas du Milan AC par exemple. Effectivement, on peut se rendre compte que le club était intimement lié au climat politique instauré par Berlusconi en Italie lorsqu’il était à la tête du club. Via les nombreux succès du club lombard sur la scène italienne, également avec de nombreuses épopées européennes, Berlusconi a pu utiliser le bilan économique et sportif de son club pour justifier ses compétences en affaires. De plus, lors de sa présidence, il détenait le groupe Mediaset et ses grandes chaînes privées pour parfaire son influence en Italie. On peut d’ailleurs noter que les résultats économiques et sportifs ont été souvent corrélés à la popularité et à l’influence de l’homme politique italien.

Dans un autre registre, le Qatar a également usé du Paris-Saint-Germain entre-autres pour exister sur la scène politique internationale. On l’a notamment vu l’été dernier avec l’arrivée de la star du football mondial Neymar pour un montant de 222 millions d’euros, soit le transfert le plus cher de l’histoire. A travers le PSG, le Qatar semble vouloir soigner son image.

On peut ainsi voir que le FC Barcelone n’est pas le seul club politisé même s’il est vrai que l’influence tirée du club catalan a des origines plus historiques que dans les deux exemples précédents. Dans ce flou politique actuel avec une indépendance qui n’est pas reconnue par le pouvoir espagnol, il est difficile d’imaginer quel va être l’avenir économique et culturel du club…

Par Kewin Kowu et Cyril Relion, promotion 2017-2018 du M2 IESCI

Webographie :

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http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20171003.OBS5472/catalogne-le-barca-tiraille-entre-son-histoire-et-ses-interets.html

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http://www.journaldemontreal.com/2017/09/28/le-barca-plus-quune-equipe-de-soccer

http://www.lefigaro.fr/international/2017/09/27/01003-20170927ARTFIG00288-le-barca-champion-de-l-independance-catalane.php

http://www.francetvinfo.fr/monde/espagne/referendum-en-catalogne/referendum-en-catalogne-le-barca-condamne-l-entrave-au-droit-a-decider_2381529.html

http://www.barcelonafootballblog.com/22999/mes-club-slogan-aka-multinational-corps-politics/

https://fusion.net/story/74993/barcelona-is-no-longer-mes-que-un-club/

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http://www.ladepeche.fr/article/2017/08/09/2625051-catalogne-est-vrai-moteur-economique-espagne.html

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