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Marché du travail en Chine, les facteurs de mobilité

En 1976, le fondateur de la République Démocratique de Chine, MAO Zedong décède. Son successeur, DENG Xiaoping, à partir de 1978, a décidé de libéraliser l’économie, d’où le début d’une importante mutation du marché du travail, avec de fortes disparités entre les différentes régions et provinces de Chine. Nous pouvons définir la mobilité à travers une notion spatiale, la mobilité géographique, sociale, la mobilité intergénérationnelle et économique, la mobilité professionnelle.

Les chercheurs YAO Zhizhong et CHOW Sufang ont travaillé sur la mobilité du travail sur le marché chinois afin d’expliquer la corrélation entre la mobilité du travail et la croissance régionale. Pour l’un, la mobilité du travail favorise la croissance géographique tandis que pour l’autre, il n’existe pas de corrélation entre ces deux phénomènes.

Nous pouvons donc nous demander, quels sont les facteurs de mobilité sur le marché du travail chinois ? Pour analyser cette question, nous étudierons tout d’abord les politiques de l’emploi en Chine, puis la formation et enfin la sécurité de l’emploi comme vecteurs de mobilité.

Les politiques économiques en Chine, facteur de mobilité géographique

Les politiques de l’emploi ont favorisé la main d’œuvre en Chine. En premier lieu, la mobilité géographique s’est faite entre les zones rurales et les zones urbaines dans les années 80 suite à la réforme de DENG Xiaoping concernant l’exploitation des terres par les agriculteurs. En effet, étant donné que seuls les agriculteurs pouvaient cultiver les terres, de nombreuses personnes ont migré vers les villes afin de trouver du travail. En 1985, l’Etat chinois a favorisé le développement des zones économiques sur les côtes chinoises, demandant aux entreprises s’y trouvant de se spécialiser dans l’activité de transport. La conséquence de cela est un mouvement d’une population rurale estimée à 30 millions d’individus. Dans un second temps, dans les années 90, avec la privatisation des entreprises, un besoin de main d’œuvre est apparu dans la zone de Pudong (Shanghai), ce qui a permis une migration de la population entre les différentes régions chinoises. Selon une étude du bureau des statistiques nationales de Chine, nous pouvons apercevoir sur la courbe en rouge, qui représente le taux de migration, une augmentation de celle-ci. La statistique en bleu représente la migration de la main d’œuvre en millions. Nous remarquons que lors de la crise asiatique en 98, le taux de mobilité de la main d’œuvre a diminué à cause du ralentissement de l’économie, mais dès 1999, sous l’impulsion de politique économique du gouvernement, le taux de mobilité a augmenté de 40 points.

Depuis les années 2000, les politiques économiques chinoises visent à briser la séparation rurale-urbaine encore existante. Cette politique a pour effet d’augmenter les migrations de la main d’œuvre entre les différentes régions chinoises notamment entre les régions rurales et urbaine.

La formation et la mobilité en Chine

A partir des années 1999, les Universités ont commencé à recruter de nouveaux étudiants dans les différentes classes de la société chinoise. Auparavant destiné aux enfants de la classe dominante, il n’existait pas de mobilité intergénérationnelle en Chine avec une reproduction sociale importante. On explique cela par la politique de Hukou qui permettait à la classe politique d’empêcher la mobilité ascendante afin de garder le contrôle. Le système du Hukou en Chine consiste à hiérarchiser les individus selon leur provenance géographique. Ainsi on retrouve le Hukou rural et le Hukou urbain. Le Hukou permet au pouvoir de donner des privilèges en fonction de l’appartenance. Ainsi, les hukou ruraux n’ont pas les mêmes avantages que les hukou urbains, notamment en terme d’accès à l’éducation, à la sécurité sociale. Ainsi les classes dominantes s’approprient les villes et les services tandis que les hukou ruraux ont peu de chance de se mélanger avec eux. La conséquence de cela est qu’un enfant d’ouvrier sera lui-même ouvrier avec un capital humain faible car peu d’éducation, peu de relation sociale.

Comme nous pouvons le voir sur le graphique en gauche, le nombre d’étudiant à s’inscrire à l’université a augmenté à partir des années 2000, cela étant représenté par la courbe bleu. Sur la courbe rouge, on peut voir le nombre d’étudiants sollicitant une inscription à l’université. Il existe cependant une asymétrie entre le nombres de personnes sollicitant une formation et le nombre d’inscrit et cela encore en 2010. Cela s’explique par une sélection à l’entrée des différents candidats. De plus, on peut expliquer l’augmentation du nombre d’inscrits par l’augmentation du niveau de vie en Chine des ménages, le coût de l’éducation étant important.

Sécurité de l’emploi et mobilité du travail

Concernant la sécurité de l’emploi en Chine, il n’existe pas de protection contre le chômage ni de système de retraite. Cela favorise la mobilité de la main d’œuvre notamment géographique mais aussi une mobilité externe importante. Dans le graphe ci-dessous, nous pouvons voir la mobilité externe au sein des grandes villes chinoises avec la courbe en bleu. Ainsi donc, le taux de mobilité externe a baissé de 2,7 point entre 2010 et 2013, mais reste cependant élevé avec en moyenne un taux de mobilité de 18,7% pour cette période. Entre 2013 et 2014, le taux de mobilité externe en ville a augmenté pour atteindre le taux de 17,8%. En moyenne, un travailleur sur cinq, dans les grandes villes chinoises change d’entreprises au cours de l’années. La courbe en rouge représente le taux de mobilité dans les villes moyennes. Dans les villes moyennes, le taux de mobilité externe moyen est de 16,8% entre 2010 et 2014. Ce taux reste élevé mais moins que pour celui des grandes villes. Cela s’explique par un nombre plus faible de travailleur dans les villes moyennes. Selon une statistique de Linkedin, les raisons pour lesquels les Chinois changent d’entreprise sont avant tout la possibilité d’une évolution de carrière, les conditions de travail et l’environnement de travail. Cependant, le nombre d’heures travaillées ne font pas parties des principales causes de mobilité externe.

Ainsi, bien qu’il y a un turnover important de la main d’œuvre chinoise, il existe une certaine sécurité de l’emploi grâce à la mobilité géographique et externe. Cependant, cette sécurité de l’emploi dépend de la provenance des individus et de leur catégorie sociale. Une personne dans une grosse ville va donc avoir plus de chance d’avoir une mobilité externe due à une promotion qu’une personne de petite et moyenne ville. D’autre part, il existe des inégalités en terme de mobilité professionnelle entre les urbains et les ruraux, ces derniers ayant peu de chance d’avoir une mobilité professionnelle ascendante.

Les enjeux futurs en matière de travail et mobilité

Les nouveaux enjeux en Chine en matière de travail et mobilité sont avant tout culturels et sociétaux. En effet, il est important de réduire les inégalités dues à la catégorie sociale empêchant une mobilité intergénérationnelle et professionnelle pour les personnes rurales. Aujourd’hui, bien que cela soit en train de changer petit à petit, la mobilité sociale chez les classes les plus modestes est inexistante à cause des écarts de salaire et du coût des formations.

Un nouveau problème que va rencontrer la Chine est le vieillissement de sa population active. Il est donc nécessaire de mettre en place, en Chine, des politiques en matière de protection sociale et de protection contre le chômage. En fait, avec de plus en plus de personnes à la retraite, il faut que les salariés soient protégés face aux risques du marché du travail, ceux-ci ayant à leur charge leurs parents. D’autre part, la mobilité géographique de la main d’œuvre risque d’entraîner la désertification de certaines zones économiquement moins attractives. Il est donc nécessaire de développer harmonieusement le territoire chinois afin d’éviter les conflits entre les différentes régions. Cela devra passer par le développement d’universités, d’une augmentation du nombre de personnes éduquées dans les régions les plus reculées, afin d’attirer les entreprises étrangères.

Par Huanhuan Huang, étudiante promotion 2015-2016 du M2 IESC d’Angers

Bibliographie :

Yao Zhongzhi&Sufang Chow, mobilité du travail et l’écart entre des régions chinois, Economie dans le monde, 2003(4), 35-59

« l’histoire et la perspective de la mobilité du travail en Chine »

http://finance.people.com.cn/GB/43429/43544/59613/4204322.htm

Jianjun LAW, emploi et migration de l’agriculteur, 2003-2004, rapport de l’état de l’emploi en Chine, Beijing, Travail et sécurité sociale Chinoise, 2004

http://en.wikipedia.org/wiki/Hukou_system

http://edu.people.com.cn/GB/116076/14545024.html

http://science.china.com.cn/2015-03/12/content_7743530.htm

Admin M2 IESC

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