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Les réactions après les révélations d’Edward Snowden

En juin 2013, Edward Snowden révèle aux journalistes Glenn Greenwald et Laura Poitras, le système de surveillance mis en place par les services de renseignement américain, via la transmission de centaine de millier de documents secrets. Il divulgue le programme d’espionnage américain réalisé par les américains et les alliés pour lutter contre le terrorisme.

Il y aurait une coopération avec les géants américains du numérique tels que Google, Microsoft ou Facebook, pour collecter les données, par le programme PRISM.

Les informations de l’activité de tous les internautes sont stockées grâce à plus de 700 serveurs installés dans le monde. Ce programme de stockage, crée par la NSA, s’intitule XKeyscore.

Ainsi la NSA surveille des communications de plusieurs institutions européennes, du siège des Nation Unies, de diplomates, de chefs d’Etat. Ces documents ont montré que la Chancelière allemande Angela Merkel et la Présidente du Brésil Dilma Rousseff ont été espionnées par la NSA.

Les agents de la NSA interviennent même physiquement lors de la livraison des routeurs informatiques, pour intercepter les données transitant d’une interface de réseau à une autre, par un système de piratage, alors que les services de renseignements britanniques  piratent les câbles sous-marins transatlantiques en fibre optique, pour intercepter les échanges de données informatiques et téléphoniques, entre l’Europe et les Etats Unis.

Ce programme d’espionnage américain et de ses alliés marque une profonde atteinte sur le plan économique, politique et même privé. Ainsi Dilma Rousseff et Angela Merkel ont condamné fermement Barack Obama et son administration, pour atteinte à leurs vies privées. La Présidente brésilienne et la Chancelière allemande ont proposé une résolution à l’organisation des Nations Unies permettant un droit humain à la protection des données sur internet. L’Assemblée Générale des Nations Unies a adopté une résolution sur « le droit à la vie privée à l’ère numérique », par consensus, le 26 novembre à New York. La France a apporté son soutien à cette résolution, car le gouvernement français souhaite que le droit au respect de la vie privée, inscrit dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, soit appliqué également dans les communications utilisant les outils du numérique.

Barack Obama s’est engagé dans son discours en janvier 2014 à garantir plus de transparence et de protection de la vie privée, notamment envers ses pays alliés, par une directive présidentielle.

Le projet de la réforme de surveillance est soutenu également par la Silicon Valley et les défenseurs des libertés individuelles.

Malgré les oppositions diplomatiques, le Sénat américain vote contre la modification des prérogatives de la NSA. Pourtant la Chambre des Représentants a voté, en mai 2014, pour cette réforme.

L’opposition au Président Barack Obama, représentée par les Républicains considère que cette réforme risque d’être une menace à la lutte anti-terroriste.

Cette réforme prévoyait de mettre un terme aux collectes massives de données. L’USA Freedom Act posait des conditions pour avoir accès à des enregistrements et mettre sur écoute. Ce texte préconisait qu’une ordonnance individuelle devait être délivrée par la Foreign Intelligence Court (FISC) aux services de renseignement américains. Les enregistrements via les e-mails, les conversations téléphoniques, les réseaux sociaux devaient être fournis si les émetteurs et les receveurs étaient suffisamment suspects pour porter atteinte aux Etats Unis ou à ses alliés. Cette loi voulait ne plus obliger les opérateurs de réseaux à livrer leurs métadonnées d’appels.

Cette réforme voulue par Barack Obama fixait des limites dans l’obtention de données privées.

Lors des élections de mi-mandat, les Républicains sont devenus majoritaires au Sénat. Ils sont plus conservateurs que les démocrates du clan de Barack Obama. Ils trouvent légitime les pratiques de la NSA, pour des raisons d’intérêt général, et plus exactement de sécurité nationale. Le sénateur Mitch Mc Connell, chef du groupe  des Républicain, s’est prononcé contre cette réforme. Il affirmait : « Alors que les États-Unis mènent une campagne militaire pour affaiblir, démanteler et vaincre l’EIIL (acronyme pour l’État islamique en Irak et au Levant ») ce n’est pas le moment d’examiner une proposition de loi qui supprime les outils dont nous avons besoin pour combattre l’EIIL ». L’argument principal évoqué par les Républicains est la lutte anti-terrorisme, pour s’opposer au texte.

Cependant deux dispositions du volet de surveillance du Patriot Act devront être renouvelé en juin 2015, et notamment l’article 215. C’est une loi anti-terroriste votée par le Congrès américain et signée par George W Bush le 26 octobre 2001. Les agences de renseignement et de maintien de l’ordre peuvent perquisitionner tous les établissements privés ou publics s’ils trouvent des documents en lien avec une enquête en cours sur des activités  terroristes ou d’espionnage, en mentionnant l’article 215. Il n’y a pas besoin de preuve ni de suspicion pour mener ces perquisitions.

14 des 16 dispositions ont été prorogées pour une durée indéterminée en juillet 2005, et de 10 ans concernant les deux autres sur les écoutes téléphoniques et l’accès aux fichiers personnels.

Si le Congrès américain décide d’expirer ces dispositions en juin 2015, de nombreux programmes de surveillances seront terminés.

Sources :

Géopolitique de l’espionnage : les ramifications de l’Affaire Snowden. Disponible sur Le Monde diplomatique. Novembre 2014.
L’Assemblée générale des Nations unies adopte une résolution sur : « le droit à la vie privée à l’ère numérique » http://www.diplomatie.gouv.fr/
L’Assemblée générale reconnaît le «droit à la vie privée à l’ère numérique» http://www.un.org/
Etats-Unis: les républicains bloquent la réforme du système de surveillance
http://tempsreel.nouvelobs.com/
Wikipedia

L’évolution des relations diplomatiques à travers l’espionnage américain

Les Etats Unis ont modernisé leurs systèmes de surveillance à mainte reprise, concernant notamment leurs satellites dans les années 50, et leurs actuelles infrastructures numériques.

Les partenaires principaux du traité UKUSA sont l’Australie, le Canada, la Nouvelle-Zélande, le Royaume-Unis et les Etats Unis.

Les Etats-Unis sont considérés comme étant la « partie première », avec la NSA reconnue comme étant la « partie principale ». Ce traité a eu pour but de servir les intérêts des Etats Unis.  Cependant les américains coopèrent en matière de renseignement d’origine électromagnétique avec les « parties secondaires ». Cependant ces pays ont l’obligation de surveiller leurs communications dans leur zone géographique, à partager leurs infrastructures et à mener des opérations conjointes avec les Etats Unis.

Après les révélations d’Edward Snowden, l’administration de Barack Obama a refusé que l’Allemagne fasse partie des « parties secondaires » au traité UKUSA, comme l’avait exigé Angela Merkel, en invoquant une fin de non-recevoir. La demande de la Chancelière allemande fut déclarée irrecevable sans examen de fond. Ainsi les Etats Unis ne partagent pas toutes les informations dont elle dispose avec ce pays. L’Allemagne reste un pays tiers au traité comme la France.

Ainsi, toutes les « parties tierces » au traité ont un accès restreint aux renseignements collectés.

Ces pays membres ont évolué au fur et à mesure. Après la révolution de 1979 ayant pour conséquence : la création d’une République islamique, l’Iran ne fait plus partie des pays membres. Ensuite, les relations se dégradent lorsque les Etats Unis acceptent en octobre 1979 de soigner Mohammad Reza Pahlavi, ancien dirigeant de l’Iran, dans leur pays.

Suite à la visite secrète de M Henry Kissinger en Chine en 1970, secrétaire d’Etat du Président Robert Nixon, les Etats Unis ont eu de meilleures relations avec la République populaire de Chine,

La Central Intelligence Agency a donc eu l’autorisation de construire deux postes de surveillance sur le territoire chinois. Ils fonctionnèrent de 1981 aux années 90, sous l’égide des techniciens chinois, qui fut la condition de cet accord bilatéral. Ils pouvaient ainsi continuer à espionner les russes.

Mais en mai 2014, les américains accusent cinq officiers de l’armée chinoise d’avoir piraté les entreprises des secteurs du nucléaire, des métaux et de l’énergie solaire. Le gouvernement dénonce ces accusations non fondées. Après les révélations d’Edward Snowden, ces accusations de Washington risquent d’accroître les tensions entre les deux puissances économiques. D’ailleurs, ils s’accusent mutuellement d’espionnage industriel.

Sources :

Géopolitique de l’espionnage : les ramifications de l’Affaire Snowden. Disponible sur Le Monde diplomatique. Novembre 2014.
Cyber-espionnage : des officiers de l’armée chinoise poursuivis par les États-Unis
http://www.lefigaro.fr/international
Wikipédia

La cyberguerre

Depuis 2010, le directeur de la NSA est chef de l’US Army Cyber Command. C’est un commandement important de l’armée des Etats Unis basé au même endroit que la NSA. Cette unité permet d’effectuer des opérations cyberespace et de défendre les réseaux d’informations du Département de la Défense, pouvant conduire à des opérations militaires. D’ans l’avenir, les américains vont de plus en plus utiliser les cyber-armes. C’est un code informatique créé afin de menacer ou causer des dommages à des structures, des systèmes ou à des êtres vivants. Ces dégâts peuvent être physiques, psychologiques ou fonctionnels

Ces dernières années, une industrie cyberguerre, de collecte et de l’analyse des données s’est développée. L’externalisation des renseignements est devenue fréquente, en raison de nombreuses privatisations.

Il est logique de penser que les entreprises de la Silicon Valley coopèrent avec l’administration américaine. Ainsi Al Jazeera America a révélé des e-mails montrant que les dirigeants de Google ont des relations étroites avec le directeur de la NSA et coopèrent parfois sous la contrainte d’une Cour de justice.

D’ailleurs dès 1989, un expert des communications militaires s’est déjà exprimé et est ravi que les agences de sécurités nationales entretiennent des liens étroits avec les grandes firmes américaines.  Selon lui, cela favoriserait le renseignement et l’accès aux informations.

Le directeur de la NSA reconnait dans le New York Times en juin 2014, que la majorité des entreprises américaines permettent à l’agence d’être à la pointe sur le plan technologique et d’avoir un accès à toutes sortes de communications via les e-mails ou les réseaux sociaux.

Les géants américains du numérique démentent toutes coopérations. C’est une réaction logique puisque la fortune de ces firmes, des agences de publicité et de marketing, qui leur génèrent d’importantes ressources, repose sur l’espionnage commercial.

Leur profit repose essentiellement sur l’accès aux informations de leurs utilisateurs. Les entreprises informatiques telles que Google ou Microsoft et les publicitaires ont exercé des lobbyings auprès de l’administration américaine de Bill Clinton pour que la protection de la vie privée soit réduite le plus possible sur internet.

Ces stratégies pour réaliser un maximum de profit permettent le développement du capitalisme numérique. Il en ressort une double pression économique et politique, permettant un libre accès aux données privées électroniques.

Les instances de la justice européennes réagissent en mai 2014. La Cour européenne accorde donc  aux individus le droit de ne pas utiliser leurs recherches renvoyant à des données personnelles.

Plus de 85% des personnes interrogés  dans 15 pays par le cabinet de relations publiques Edelman Berland voudraient que la loi interdise d’échanger ou de vendre leur donnée sans leur consentement. Selon les interrogés, les gains financiers que réalisent les grandes entreprises dans le domaine de l’informatique sont la principale raison d’une très faible protection de leurs données personnelles.

Barack Obama soutient toujours les multinationales et se dit favorable au « big data », c’est-à-dire à la capture, au stockage, au partage de données massives. Bien que l’administration du Président Obama recommande dans un rapport rendu public aux entreprises de limiter l’usage qu’elles font des données de leurs clients.

Les divulgations de l’affaire Edward Snowden ont entrainé un rejet de la domination des intérêts économiques et étatiques américains sur l’économie du numérique.

Ainsi, M Mathias Döpfner le directeur d’Axel Springer, l’un des premiers éditeurs européens, a dénoncé un abus de position dominante de Google à travers son moteur de recherche, et sa part détenue dans le marché de la publicité en ligne égale à 60%. Sa lettre ouverte au PDG de Google Eric Schmidt a eu pour conséquence la suppression de la description et des vignettes associées aux résultats de recherche d’environ 170 sites de presse allemande, dont les principaux sites d’Axel Springer. Ce groupe a finalement cédé face aux pressions exercées par Google, et a accordé gratuitement une licence pour que soient mis en ligne sur le moteur de recherche américain des articles de ses publications. En effet, Axel Springer a enregistré une baisse de 40% de son trafic internet en deux semaines suite à ces contestations.

Les grandes entreprise de l’économie du numérique sont américaines, ce qui leur permettent de contrôler l’économie mondiale, touchant tous les domaines allant de l’éducation à la finance. Android et IOS, les systèmes d’exploitation de Google et d’Apple, équipent 96% des smartphones vendus dans le monde au second trimestre 2014. Microsoft fournit ses services à partir d’une centaine de centres de données, avec plus d’un million d’ordinateurs répartis dans plus de 40 pays.

L’affaire Edward Snowden fait apparaître des contestations de la cyber-domination des Etats-Unis, mais rien n’a changé, notamment en raison de la lutte anti-terroriste, de la sécurité nationale face à l’espionnage industriel, des lobbyings des géants américains de l’informatique.

La cyberguerre économique, politique ou terroriste est considéré comme de l’intelligence économique. En effet elle utilise les mêmes stratégies d’influence, de défense, par la collecte et l’analyse de données publiques ou privées.

Sources :

Géopolitique de l’espionnage : les ramifications de l’Affaire Snowden. Disponible sur Le Monde diplomatique. Novembre 2014.
Axel Springer cède face à la pression de Google
http://www.lefigaro.fr/medias/
Qu’est-ce qu’une cyber-arme?
cyber-defense.fr/
Wikipédia

Par Julien SIMONNEAU, étudiant du master 2 Intelligence Economique et Stratégies Compétitives

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