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Le risque pays de la France

Le risque pays n’est pas un concept nouveau Sa création est liée à la suite d’une série de nationalisations dont celle du Canal de Suez, en 1956, par Nasser en Egypte. Les années 60 et 70, elles, ont été caractérisées par un risque politique. Ce risque politique provient de l’expropriation d’entreprises privées du secteur pétrolier qui ont été nationalisées. Dans les années 1980, le risque souverain est apparu. Il caractérisait le fait que des pays comme l’Argentine ou le Brésil soient en défaut de paiement et ne paient donc pas leurs dettes. Ensuite, dans les années 1990, ce risque souverain s’est transformé en crise des pays émergents. Le Mexique a connu une crise macroéconomique en 1994, puis les pays asiatiques en 1997, une crise microéconomique au niveau des banques. Enfin, un an plus tard, la Russie a elle aussi connu sa crise microéconomique mais elle a touché ses entreprises principalement.

Bernard Marois définit le risque pays comme : « le risque de matérialisation d’un sinistre, résultant du contexte économique et politique d’un Etat étranger, dans lequel une entreprise effectue une partie de ses activités ». L’immobilisation d’actifs à l’étranger pour une multinationale, le non-remboursement d’une dette d’une Etat souverain à une banque, la perte d’un marché pour une entreprise exportatrice ou la sécurité sanitaire d’un individu peuvent être, ici, considérées comme possible « sinistre » dans cette définition.

La France, actuellement ne se remet pas de la crise des subprimes de 2008. Alors que certains voyants économiques sont au vert, la France n’arrive pas à rebondir et pire encore, a perdu sa 5ème place mondiale au profit du Royaume-Uni. En effet, depuis la crise, la France accumule les mauvaises nouvelles : perte de son triple A (actuellement AA par S&P), rating A3 en risque pays de la part de la COFACE (A2 en 2012) et une dette publique se rapprochant des 100% du PIB. Notre pays, troisième puissance économique européenne derrière l’Allemagne et le Royaume-Uni désormais, membre du G7, demeure un poids lourd de l’économie mondiale.

Nous verrons donc dans quel contexte économique évolue la France puis nous décrypterons son risque pays en détaillant ses atouts et faiblesses. Pour terminer, nous mettrons en lumière quelques recommandations pouvant permettre à la France de revenir au premier plan sur la scène internationale.

Une tendance déflationniste et la crise de la dette souveraine comme contexte économique

La France, depuis 2008, n’a pas connu de période économique stable. La crise des subprimes venant des Etats-Unis s’est propagée dans le monde entier à partir de 2007. Cette crise a commencé à apparaître et à avoir de réelles répercutions en 2008 sur le sol français. Cette crise en a amorcé une seconde, la crise de la dette souveraine, dont les pays européens ont toujours à l’heure actuelle beaucoup de mal à s’échapper.

En effet, la crise des subprimes a eu comme conséquence d’augmenter sensiblement la dette de chaque pays, certains plus que d’autres comme la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, la France mais également celle des Etats-Unis. Nous voyons donc qu’une crise en a chassé une autre. Etant donné notre place au sein de l’Union européenne, nous avons des objectifs, qui peuvent être des contraintes, fixés depuis 1992 et la ratification du Traité de Maastricht. Pour qu’un Etat puisse faire parti de cette union, il est absolument nécessaire de répondre à certains critères dont un concernant la dette publique. Cette dette publique ne devra pas dépasser 60% du PIB ou devra s’en rapprocher fortement. Le déficit public, d’autre part, aura pour obligation de ne pas dépasser 3% du PIB du pays.

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Autant dire qu’en 2016, la France en est très loin car son déficit public a atteint 3,9% en 2014 et devrait tourner aux alentours de 3,8% en 2015 afin de répondre aux engagements pris auprès de ses partenaires européens. En ce qui concerne la dette publique, elle continue son périple d’augmentation continue : 2103,2 milliards d’euros, soit 96,9% du PIB à la fin du troisième trimestre 2015.

Pour répondre aux exigences européennes, les pays n’ont d’autre choix que de mener une politique d’austérité. La Banque Centrale Européenne, elle, a également pour mission de limiter l’inflation à 2%. En 2014 elle n’était que de 0,5% en France, ce qui est très faible et peut laisser penser qu’une déflation pourrait se produire dans notre pays. Dans le même temps, certains pays comme l’Espagne, la Grèce, le Portugal ou la Slovaquie voient leurs prix commencer à chuter. Il est à noter, selon les économistes, qu’une déflation s’effectue lorsque la diminution des prix s’effectue de manière générale et durable.

Depuis 2015, la France connaît une tendance déflationniste, minime pour le moment mais qui pourrait devenir une réelle déflation problématique sur le long terme. Cela n’était pas arrivé depuis 2009 et la crise dont j’ai esquissé les traits un peu plus haut. L’INSEE a publié l’indice des prix à la consommation en février 2015 et celui-ci a reculé de 0,4% en janvier 2015 par rapport à janvier 2014. La France rejoint donc la longue liste des pays européens dans cette même situation car le taux d’inflation annuel en 2015 était nul (0%). Cette BCE, qui rejetait l’inflation il y a quelques temps, la recherche activement aujourd’hui. Tous les moyens étaient bons pour juguler cette menace, mais une nouvelle stratégie va devoir être mise en place afin d’éviter cet engrenage terrifiant de la déflation dans lequel nous pouvons tomber à tout moment. Car la déflation est un cercle vicieux dont il est difficile de s’échapper.

De plus en plus de thèses d’économistes essaient d’indiquer un glissement de l’Europe vers une situation à la japonaise car nous constatons une baisse tendancielle de leurs prix depuis 15 ans. Malgré ces thèses, de nombreuses différences existent entre l’Europe et le Japon : nous n’avons jamais connu de telles bulles spéculatives sur la valeur d’actifs boursiers et immobiliers comme le Japon l’a connu avant 1990. Si nous prenons le Japon à partir de 1998, là, nous pouvons retrouver quelques ressemblances. La correction de la bulle japonaise n’a été en soi qu’une des causes de cette déflation et la baisse des importations a été tout aussi importante. Ces thèses suggèrent une hypothèse menant à ce que ces déflations soient le fruit d’un ajustement d’après-crise avec l’effet de la complexité de l’environnement mondial. Pour le moment l’Europe et la France sont dans une phase de correction d’après-crise. Elles essaient d’ajuster les déséquilibres déjà connus auparavant que sont : l’endettement et le déficit public.

D’autres différences peuvent être recensées entre l’Europe et le Japon pour expliquer cette tendance déflationniste. Il existe une assez grande hétérogénéité au sein de l’Europe, que ce soit au niveau social, politique ou culturel. Ensuite, les pays membres de l’Europe n’ont jamais été disciplinés (à part l’Allemagne) vis-à-vis de leurs déficits publics.

Nous voyons donc qu’il existe un assez grand nombre de différences entre l’Europe, dont fait partie intégrante la France, et le Japon. Ces thèses sont donc à prendre pour le moment avec des pincettes.

Dans notre économie mondialisée, aucun prix n’a plus d’importance que celui de l’or noir. Celui-ci, depuis 2012, est en perpétuelle décroissance. Nous avons pu connaître en 2012, le baril de pétrole à son prix le plus élevé : 111,66$. Un an plus tard il avait perdu 3,03$ pour descendre à 99,02$ en 2014. L’année dernière, son prix a connu une très forte chute à 53,66$. Une aubaine pour notre économie et nos entreprises pourrions-nous penser au premier abord. Le FMI a estimé cet impact positif, de la baisse du prix du pétrole, sur l’économie mondiale à 0,3-0,8 points de croissance en plus pour cette année et l’année suivante.

La facture énergétique des pays importateurs telle que la France se verrait beaucoup moins élevée qu’auparavant. Mais malheureusement, cette baisse, en trompe l’œil, cache une pression déflationniste dont nous parlions au dessus, dans la zone euro. Le pétrole a un rôle central dans cet engrenage. En effet, le prix du baril impacte l’inflation via sa composante énergie. Thomas Page-Lecuyer, stratégiste chez CPR AM, explique que « lorsqu’on observe l’inflation sous-jacente, c’est-à-dire hors prix de l’énergie, on constate une légère hausse. Le vrai risque, c’est que la baisse du  prix du baril se transmette aux autres composantes de l’inflation. Si la transmission s’opère vers les autres secteurs d’activité, il y a un vrai risque déflationniste. Or elle demeure limitée et contenue actuellement. Malgré cet optimisme dans la limitation et la contenue actuelle des risques de déflation, la BCE a toutefois renforcé sa politique d’assouplissement monétaire. Le but de cette manœuvre étant bien évidemment de recréer de l’inflation au sein de la zone euro avec comme direction les 2%. Le prix du pétrole est une donnée à prendre très au sérieux dans ce domaine car les économistes n’envisagent pas un retour aux prix exercés en 2012-2013. Ils envisagent plutôt un équilibre aux alentours de 65 à 70$ d’ici 2017 mais aucunement à plus de 100$ car la production américaine va augmenter très certainement avant ce seuil.

Pour terminer, il existe une barrière très étroite entre un environnement où les conditions sont simultanément avantageuses et un environnement déflationniste. Le budget français qui est très serré actuellement devrait crier victoire grâce à cette aubaine : prix du pétrole bas, taux d’intérêts faibles, chute de l’euro etc. Ces éléments peuvent permettre aux Etats de ne pas faire de réelles réformes nécessaires et donc ne rechercheront pas l’équilibre des comptes. La question de la pérennité d’un pays peut alors se poser, comme en ce moment en Grèce.

Il est important pour une entreprise comme pour un pays de faire une cartographie de ses points forts et de ses points faibles. Le but étant de pouvoir être en perpétuelle évolution et de trouver des solutions d’amélioration. La concurrence est de plus en plus rude, il est donc obligatoire pour un pays de réformer en connaissance de cause. La France a une histoire, un savoir-faire, de nombreux atouts mais connaît depuis un certain temps des difficultés ; ces difficultés proviennent très certainement de ses points faibles dont elle n’arrive pas à se défaire.

Quels sont ses véritables atouts ?

La France connaît depuis quelques années des difficultés au niveau économique. En effet, la crise étant passée par là, notre économie a pris du retard dans différents domaines. L’économie mondiale est un processus de changement, d’évolution. Les besoins de demain ne seront pas nos besoins d’hier. Nous n’arrivons pas, pour le moment, à faire évoluer notre économie française vers une économie du futur ou tout du moins tournée vers le futur. Malgré cette récalcitrance, ou ce manque cruel de perspective de certains de nos gouvernants, voire même d’une partie du peuple, la France est un pays développé avec de nombreux atouts. La France n’est pas la 6ème puissance mondiale, anciennement 5ème, pour rien. Elle a accumulé et acquis, au fil du temps, des avantages que n’ont pas forcément ses concurrents.

En premier lieu nous pouvons citer comme point fort, la qualité de ses infrastructures ainsi que de ses services publics. L’indice de performance logistique réalisé par la Banque mondiale en partenariat avec des institutions universitaires internationales, permet d’évaluer la qualité des infrastructures relatives au commerce et au transport. Cette enquête a comme échelle 1-5 : 1 signifie qu’elles sont très peu performantes et 5 très performantes. Nous sommes classés 13ème de ce classement derrière l’Allemagne (1ère), Singapour (2nde), les Pays-Bas (3ème), les Etats-Unis (5ème), le Royaume-Uni (6ème) et le Japon (7ème).

Notre indice en 2014 s’élevait à 3,98 contre 3,96 en 2012. Une augmentation pouvons-nous voir, même si elle reste très faible. Cet atout est très important pour nous car il permet aux entreprises de pouvoir s’installer en France pour commercer.

Nous pouvons rajouter aux infrastructures de qualité, le réseau électrique le plus performant qualité/prix du monde. L’internet haut débit en France possède le second taux de pénétration derrière les Pays-Bas.

Ensuite, la France possède d’autres avantages que sont : sa main d’œuvre qualifiée et productive ainsi que sa démographie dynamique. Selon une étude faite par l’AFII, l’Agence Française pour les Investissements Internationaux, la France est 4ème en terme de productivité horaire du travail par rapport aux pays de l’OCDE. L’éducation de nos cadres supérieurs est développée au sein du territoire. Nos dépenses dans l’enseignement supérieur par étudiant sont au-dessus de la moyenne des pays de l’UE mais inférieurs à celles des USA ou bien même de la Suède.

En ce qui concerne le taux de fécondité français, il est également un des plus élevés au monde vis-à-vis des pays développés : 2,08. A titre de comparaison, les Etats-Unis ont un taux de fécondité de 1,87 en 2015 et 1,99 pour l’Irlande. Nous étions aux coudes à coudes en 2012 avec l’Irlande à 2,01 chacun. L’Allemagne connaît une stagnation de son indice d’environ 1,41 en 2008 et 1,44 en 2015, ce qui reste très bas et assez problématique pour leur développement sur le long terme.

La France est présente et compétitive grâce à de grands groupes internationaux, sur de nombreux marchés tels que : l’aéronautique, l’énergie, l’environnement, le secteur pharmaceutique, le luxe, l’agroalimentaire et la distribution. Des groupes comme LVMH dans le luxe, Carrefour dans l’agroalimentaire et Total dans l’énergie redorent l’image de la France et permettent d’être compétitifs, face à la concurrence mondiale, dans ces secteurs clefs de l’économie.

L’agriculture permet également à notre pays de rayonner dans le monde, elle est reconnue de tous pour sa qualité. L’Hexagone reste, malgré une perte de vitesse depuis 30 ans dans ce secteur, la première puissance agricole en Europe. Sa valeur dans la production agricole européenne a diminué depuis les années 2000 et l’arrivée de la Roumanie ainsi que de la Pologne. En 2013, la production agricole française représentait 75 milliards d’€ contre seulement 53 milliards pour l’Allemagne. Ensuite nous retrouvons l’Italie et l’Espagne avec respectivement 50 et 44 milliards d’€ de production. Nous sommes également 5ème exportateur agroalimentaire mondial derrière les USA, l’Allemagne, les Pays-Bas et le Brésil. Malgré tout, un excédant commercial des filières agricoles et agroalimentaires françaises est à noter en 2014. Il s’élevait à 9,2 milliards d’€.

L’un des plus gros points forts de la France est la capacité d’épargner de ses concitoyens. Cette capacité à épargner a pour conséquence d’avoir la réputation de champions de l’épargne. Notre réputation de « fourmis » n’est pas usurpée car les Français, en 2014, ont mis 74 milliards d’€ d’épargne nette. L’épargne française à globalement beaucoup plus progressé que notre PIB. Début 2015, l’épargne totale de nos compatriotes français s’élevait à 4259 milliards d’€.

Pour finir en ce qui concerne les atouts français, il nous manque son attrait pour le tourisme. Il est connu de tous que la France est la 1ère destination des touristes du monde entier. Elle est restée en 2014, avec 84 millions de touristes, la destination préférée de ceux-ci. Les clientèles lointaines sont de plus en plus nombreuses (+8,7% en 2014), au contraire des clientèles européennes en contraction (-1,7% par rapport à l’année précédente).

En conclusion, ces atouts ont fait et font de la France une des plus grandes puissances mondiales à l’heure actuelle. Son agriculture, sa présence dans les marchés clefs de l’énergie, du luxe, de l’aéronautique lui permettent d’avoir une longueur d’avance pour le moment face à ses futurs concurrents tels que le Brésil ou l’Inde.

En dépit de ses nombreux points forts, la France a des points faibles, non négligeables dans la guerre économique que nous connaissons. Ces points faibles devront évoluer pour venir s’ajouter à la liste des points forts que nous avons pu lister.

La France possède de nombreux points faibles

Une grande nation comme la notre, en perte de vitesse depuis plus de trente ans, a forcément des points faibles. Ils ne sont peut-être pas nombreux mais peuvent-être importants avec de graves conséquences sur l’emploi et l’économie française.

Premièrement, nous remarquons un nombre insuffisant d’entreprises exportatrices en France, accompagné par une perte de compétitivité et de parts de marché. Nos entreprises exportatrices sont peu nombreuses, mais depuis 2011, un mouvement de hausse de leur chiffre a vu le jour. Il a été notifié qu’entre 2011 et 2014, 4700 entreprises exportatrices se sont ajoutées au chiffre de base. Elles sont donc au nombre de 121 000 en 2014 et représentent 4,6% de l’ensemble des entreprises françaises. En comparaison, l’Allemagne possède 295 000 entreprises vouées à l’exportation et elles représentent 13,6% de toutes leurs entreprises. L’Italie également possèdent plus d’entreprises exportatrices : 209 000 entreprises environ, qui représentent 5,6% de la totalité de leurs compagnies. Même l’Espagne, qui connaît de graves difficultés économiques depuis l’accumulation des crises, a un nombre plus conséquent d’entreprises exportatrices : 138 000 (6,1% de sa globalité). Seul le Royaume-Uni en possède moins. Seulement 113 000 entreprises exportent leurs marchandises à l’étranger mais elles représentent 6,7% du total des entreprises recensées, soit 2,1 points de plus que pour la France.

La perte de marchés extérieurs est également une mauvaise nouvelle car il est nécessaire, pour s’ancrer de manière solide et pérenne sur les marchés étrangers, de mettre en place de véritables stratégies d’internationalisation pour les PME. Elles doivent mieux recruter et investir davantage dans ce domaine.

Un de nos autres soucis pour notre économie est la perte de compétitivité. Selon l’IMD (Institut for Management Development), la France a perdu 5 places en 2015 et se retrouve 32ème. Les Etats-Unis sont toujours les premiers de ce classement, suivis de Hong-Kong et de Singapour. Cette étude est faite selon 350 critères portant sur l’efficacité dans le secteur financier, l’innovation au sein du pays, l’efficacité des infrastructures entre autre. L’IMD a mis en perspective des composantes de la compétitivité dans lesquels nous devrions nous améliorer : réduction des formalités administratives, baisse du coût du travail, baisse des charges fiscales et encouragement à l’investissement privé.

Comme nous avons pu le remarquer, un des critères de l’IMD était l’innovation. Ce sujet est un point faible également pour la COFACE, car selon eux l’effort d’innovation est encore trop faible. Malgré l’avis de la COFACE de faire de l’innovation française un point faible, je ne pense pas que ce soit réellement le cas, ou en tout cas, cela ne mérite pas d’être cité comme un point faible. Car une étude réalisée par Reuters est sortie fin 2013 démontra que la France était même championne d’Europe de l’innovation et 3ème au niveau mondial. En effet, 12 organisations ont été retenues dans ce classement 2013 dont font parties : L’Oréal, Alcatel-Lucent, Airbus, Michelin, Valéo, Thales, Safran, Saint-Gobain, Arkema, le CEA, le CNRS et l’IFP.

La méthodologie de l’étude diffère des autres car ils prennent en compte le nombre de brevets déposés mais aussi ceux acceptés, leur portée à l’international et leur notoriété. C’est donc dans ces conditions que je me permets de pouvoir nuancer ce « point faible ».

Le dernier point faible, évoqué également par la COFACE, est l’endettement public français élevé. La France possédait, en 2014, un déficit public de -85 milliards d’€ tandis que la dette publique s’élevait à 2037,8 milliards d’€.

L’Hexagone connaît ce problème depuis de nombreuses années, nos dépenses sont plus élevées que nos recettes fiscales. L’Etat est endetté à hauteur de 1610,2 milliards d’€, les organismes divers d’administration centrale de 22,6 milliards d’€, les administrations publiques locales de 188,2 milliards d’€ et pour finir, les administrations de sécurité sociale de 216,8 milliards d’€.

Même si l’Etat français s’est engagé à ramener le déficit public à 3,3% du PIB en 2016, la COFACE explique qu’il sera difficile d’atteindre cet objectif. La Commission européenne prend également ce parti en projetant un déficit de 3,4% du PIB en 2016 et 3,2 en 2017 contre 3,3 prévu initialement cette année (2016) et moins de 3% pour l’année suivante.

Quelles propositions d’améliorations économiques pour une redressement de la France ?

Cela fait déjà quelques temps que certains organismes ou différentes personnalités de l’entreprise écrivent et proposent des rapports aux politiques français. Le 14 novembre 2013, un an et demi après l’investiture du nouveau président Hollande, l’OCDE a publié un rapport de 90 pages intitulé « France, redresser la compétitivité ». Un an avant ce rapport nous avions eu le droit également au fameux Rapport Gallois : « Pacte pour la compétitivité de l’Industrie française ».[1]

Très peu d’idées ont été reprises de ces rapports qui ont surement dû être lu puis rangé avec les documents de l’Elysées. Il serait donc peut-être temps de prendre des initiatives et devenir pro-actif, dans le but de redonner de l’importance et la place que devrait avoir notre pays, la France. Ces initiatives doivent être prises par l’Etat, qui a toute sa responsabilité dans le décrochage économique que nous connaissons depuis plus de trente ans maintenant, mais également par les entreprises qui ont leur responsabilité en ce qui concerne la compétitivité hors-prix. C’est-à-dire tout ce qui englobe la gamme et la qualité des produits, le positionnement face à la concurrence et l’innovation. Les gouvernements n’ont rien à voir avec ce problème, qu’ils soient de gauche ou de droite, cela impute exclusivement les entreprises.

Comme nous avons pu le remarquer, ici, la clef est la compétitivité. Sans une meilleure compétitivité en France, nous ne pourrons jamais espérer revenir au premier plan économiquement, même si je dois rappeler que nous restons malgré tout la 6ème puissance mondiale, derrière le Royaume-Uni.

Tous les rapports s’accordent sur de nombreux points tels que : le coût du travail trop élevé, un marché de l’emploi beaucoup trop rigide, des efforts à faire dans la Recherche et l’innovation, une formation à la peine, un financement aux entreprises encore trop peu développé, un dialogue social en berne et une désindustrialisation de la France.

Pour éviter et stopper ce décrochage, Louis Gallois propose une baisse des charges sur les salaires jusqu’à 3,5 fois le SMIC. Cette baisse représenterait un manque à gagner pour l’Etat de 30 milliards d’€. Cette baisse de cotisations patronales permettrait d’apporter un ballon d’oxygène aux entreprises car dans ces conditions, 35% de cet avantage iraient directement vers l’industrie et les services à haute valeur y étant associés.

Celui-ci propose également une hausse de la CSG et de la TVA pour certains produits afin de pouvoir assurer le financement de la protection sociale. Il chiffre entre 20 et 22 milliards d’€ une augmentation de 2 points de la CSG.

En ce qui concerne l’emploi, l’OCDE propose de lancer un plan d’action en faveur des jeunes, qui ont un des taux d’emploi les plus faibles[2], en développant l’apprentissage ainsi que les contrats d’alternance. Le Rapport Gallois va plus loin en demandant d’intégrer des entreprises dans les Conseils d’administration des lycées techniques et professionnels. Ainsi les entreprises seront associées à la gouvernance de l’enseignement de ces établissements, des régions et à l’échelle nationale.

Louis Gallois propose une idée fort intéressante concernant la Recherche et l’innovation. Les budgets doivent être préservés durant tout un quinquennat. 2% des achats courants de l’Etat français devront être réservés pour soutenir des innovations de PME, comme le font les Etats-Unis avec leurs start-ups. Cela permettrait à nos PME d’avoir un carnet de commande rempli, de pouvoir produire et ensuite de continuer à innover. Un cercle vertueux s’enclencherait alors et permettrait le développement de l’entreprise beaucoup plus rapidement.

De plus, il propose de faire de la Recherche dans certains domaines prioritaires. Le Commissariat à l’investissement aurait la priorité d’investir dans le numérique, la nanotechnologie, la santé ou dans la transition énergétique.

Dans son rapport, il est également question de financement des entreprises. Il propose l’allongement de l’exonération de taxe sur l’assurance-vie (un des placements préférés des français). Cela aurait pour conséquence de rallonger la durée de détention et donc d’orienter ces fonds directement vers les entreprises, au détriment des fonds obligatoires. Enfin, la possibilité serait donnée à la Banque Publique d’Investissement (BPI) d’investir dans les entreprises en achetant des actions sans droits de vote, en lui offrant une rémunération privilégiée.

L’OCDE, elle, dans son rapport propose de changer la fiscalité. Pour baisser cette fiscalité, une des plus élevées d’Europe et du monde, l’Etat devra réduire les dépenses publiques et réduire les niches fiscales. Cet organisme loue une ancienne proposition de Nicolas Sarkozy, lors des élections présidentielles de 2012, sur la TVA sociale. Elle permettrait de faire basculer des prélèvements pesant sur le travail vers la consommation.

Pour conclure, le Rapport « France, redresser la compétitivité » annonce qu’il est nécessaire de rendre l’administration française bien plus efficace. Pour ce faire « le choc de simplification » proposé par François Hollande est salué par l’OCDE car les dépenses publiques représentent près de 56% du PIB. De plus, le plan de modernisation de l’action publique doit permettre de simplifier les normes et les démarches administratives et ainsi par conséquent améliorer l’efficacité des services publics.

En conclusion, nous pouvons voir que beaucoup de propositions d’améliorations pour l’économie française existent. Elles proviennent, malheureusement, de rapports très peu utilisés par les politiques.

Pour conclure, les différentes analyses des données proposées dans cet article ont permis d’éclairer et de mettre en lumière les forces mais aussi les réelles faiblesses de l’économie françaises.

Premièrement, nous avons pu constater que le contexte économique n’était pas totalement favorable à l’économie française suite à la crise de la dette qui nous touche. Un récent rapport du FMI demande d’ailleurs à la France d’augmenter sa croissance. Pour qu’elle puisse augmenter sa croissance, comme le souhaiterait le FMI, il est nécessaire d’augmenter les dépenses de l’Etat et donc forcément son déficit et sa dette publique. L’Europe, dont fait parti la France et auprès de laquelle elle s’est engagée à résorber son déficit, ne souhaite absolument pas entendre parler d’un lâché prise des dépenses publiques. Un conflit d’intérêt est donc à prévoir entre les deux organismes et la France dans les années à venir si rien ne bouge.

Malgré tout, il sera très difficile de résorber la dette sans un retour de la croissance économique en France. Car la politique restrictive, ou de rigueur comme les économistes disent très souvent, freine la reprise économique du pays. L’investissement et la consommation des ménages sont loin d’atteindre leur plus haut niveau.

Les différents rapports concernant la compétitivité ont permis de créer une cartographie des forces et faiblesses de la France, en complément des travaux déjà existants de la COFACE. La COFACE a d’ailleurs plutôt bien noté la France : A3 en risque pays et A1 en environnement des affaires. Tous ces rapports s’accordent à dire qu’il existe un réel fossé entre les grandes entreprises et les PME. Car ce sont en majorité les PME qui exportent le plus et elles ont un problème de faible niveau de gamme. En effet, les grandes entreprises n’ont pas ce soucis en France car elles innovent plutôt bien et s’assurent d’offrir des services associés aux produits. Renault vendant de nombreuses voitures avec des services associés est un très bon exemple selon moi. Ils ont réussi à redynamiser le secteur automobile en France avec leurs nouvelles gammes de voitures, ou bien PSA avec leur gamme DS.

La France a donc toutes les chances de redorer, dans le futur, son blason dans l’économie mondiale si elle met en place certaines recommandations dont nous avons parlé dans cet article.

Par Alexandre Lucas, étudiant du M2 IESC promotion 2015-2016

Bibliographie :

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http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2015/09/30/20002-20150930ARTFIG00017-competitivite-la-france-22e-au-classement-mondial-de-davos.php

http://www.challenges.fr/economie/20131113.CHA6895/5-conseils-de-l-ocde-pour-booster-la-competitivite-de-la-france.html

http://www.challenges.fr/economie/20121105.CHA2693/competitivite-les-mesures-que-contient-le-rapport-louis-gallois.html

http://www.tresor.economie.gouv.fr/9900_les-investissements-directs-etrangers-ide-en-france

http://www.lopinion.fr/edition/economie/fmi-epingle-l-inefficacite-depense-publique-en-france-97663

[1] Le rapport Gallois est paru en novembre 2012.

[2] Taux d’emploi des jeunes en France : 28% des français de 15-24 ans contre 39% en moyenne dans les pays de l’OCDE

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