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Etude de la fermeture des bourses en Chine

La première bourse chinoise, l’Institution du Commerce de Shanghai, fut créée en 1891. Renommée par la suite Bourse de Shanghai en 1904, elle fut en activité jusqu’en 1941, où elle fut fermée par les japonais. En 1949, afin de reconstruire le pays et attirer des capitaux étrangers, deux bourses furent créées, la bourse de Tianjin et la bourse de Beijing. Cependant, avec l’arrivé des socialistes au pouvoir, c’est deux bourses vont être fermées dans les années 1952. La Révolution culturelle des années 70 et l’ouverture de l’économie chinoise à l’économie de marché sous l’influence de Deng Xiaoping en 1978 ont permis la création d’une économie de marché socialiste dans les années 80. En 1990, suite au développement considérable de ce marché, la Bourse de Shanghai fut rouverte et un second bureau fut créé à Shenzhen pour les obligations d’Etat.  En 1993, le Conseil des Affaires d’Etat à établie le premier règlement administratif sur les ventes d’actions pour contrôler le système boursier. Aujourd’hui, lorsque l’on parle des bourses chinoises, on parle principalement de la bourse de Shanghai, de la bourse de Shenzhen et de la China Financial Future Exchange.

Le contexte de la fermeture des bourses chinoises

En aout 2015, la bourse de Shanghai a enregistrée une baisse de -8.5% ce qui a eu des répercussions sur toutes les autres places financières mondiales. Suite à cette débâcle boursière, le Gouvernement chinois a décidé de mettre en œuvre un nouveau mécanisme de régulation du système boursier. Le 4 janvier 2016, les différentes bourses chinoises ont mis en œuvre le nouveau mécanisme de coupe-circuit, mécanisme qui repose sur la fluctuation de l’indice CSI 300, indice boursier composé des 300 capitalisations boursières du pays. Lorsque l’indice CSI 300 fluctue à -5%, les transactions boursières sont suspendues pendant 15 minutes, lorsque celui-ci baisse à -10% la bourse ferme pour le reste de la journée. Ce mécanisme, d’origine américaine, est mis en application en Corée, à Singapour et au Japon.

Néanmoins, le 4 janvier 2016, le jour de la mise en place de ce nouveau mécanisme, l’indice CSI 300 a connu une fluctuation de -5% vers midi (5 :00 am en France), ce qui a entrainé une suspension des transactions pendant 15 minutes. Vers 13h30 (6h30 am en France) l’indice CSI a chuté à -7% ce qui a entrainé la fermeture de la bourse de Shanghai et Shenzhen, ce qui a eu un impact à l’ouverture des autres places financières. Ce phénomène s’est répété le 7 janviers, 15 minutes après l’ouverture des bourses chinoises.

En outre, la dévaluation du Yuan par rapport au dollar inquiète l’ensemble des marchés mondiaux et une méfiance des investisseurs vis-à-vis du Gouvernement Chinois. Le 7 janvier de cette année, la Banque Centrale Chinoise a baissé le cours du Yan à 6.5646 Yuan pour un Dollars, soit le cours le plus bas depuis mars 2011. Même si les autorités chinoises ont déclaré qu’il n’y a pas d’intérêt pour cette dévaluation, cela a semé un doute dans l’esprit des investisseurs sur la véracité des chiffres de la croissance de ces dernières années. En novembre 2015, la banque à l’origine du nom BRICS, Goldman Sachs, a décidé de fermer son fond d’investissement pour ces pays.

Pourquoi les bourses chinoises ferment-elles après la mise en place du nouveau mécanisme de coupe-circuit ?

Les fermetures des bourses chinoises seraient dues à une conception du mécanisme de coupe-circuit qui n’est pas adaptée aux spécificités des bourses chinoises. En effet, l’objectif de ce mécanisme est de lutter contre la spéculation sur le marché boursier chinois. Néanmoins, le choix de taux de fluctuations à 5% et 7% n’est pas adapté au marché boursier chinois. Depuis 2011, la fluctuation de l’indice CSI 300 supérieure ou inférieure à 5% s’est produite 105 fois et la fluctuation de l’indice CSI 300 supérieure ou inférieure à 7% s’est produite 33 fois. Cela explique en partie le phénomène des fermetures des bourses depuis la mise en place de ce nouveau mécanisme.

D’autre part, les 2% de taux de fluctuation entre le taux qui suspend les transactions et le taux qui ferme les bourses ne sont pas suffisants car la suspension des transactions envoie un message incitant les acteurs des marchés boursiers à spéculer et donc favorise l’atteinte du taux de fermeture des bourses. Comme nous l’avons précisé auparavant, le mécanisme de coupe-circuit est d’origine américaine, hors les bourses chinoises, contrairement aux bourses américaines, n’ont pas de marché hors bourse (over the counter). Lors de la fermeture des bourses aux Etats Unis, les acteurs peuvent continuer à effectuer des transactions sur le marché hors bourse, ce qui permet d’éviter les situations de panique que les bourses chinoises ont connu depuis le 4 janviers 2016. Cette analyse a été portée par Chen Xingyu, analyste chez Phillip Securities. Selon lui « le mécanisme disjoncteur a coupé l’accès au marché des liquidités, les investisseurs ont eu peur de ne pas pouvoir vendre. En conséquence, les actionnaires vendent leurs titres ou leurs actions à l’ouverture des bourses ou lorsque celles-ci rouvrent, ce qui entraine leur fermeture prématurée ». Selon Huang Gao, le premier secrétaire du centre de recherche et développement en finance et en industrie à l’Université de Pékin, l’ancien mécanisme avec une limite de fluctuation de plus ou moins 10% était plus adapté aux bourses chinoises.

Enfin, suite à la débâcle des bourses chinoises l’été dernier, l’autorité de régulation avait interdit aux grands actionnaires de sociétés cotées de vendre leurs titres et de les conserver 6 mois minimum afin d’éviter la spéculation. Ce règlement concernait les porteurs de plus de 5% du capital d’une entreprise, qui n’avaient pas le droit de vendre ou de transférer leur titre. Ce règlement a expiré en janvier 2016, au même moment que les bourses chinoises mettaient en place le nouveau mécanisme de coupe-circuit, ce qui explique pourquoi il y a eu une forte fluctuation de l’indice CSI 300 sur cette période.

Les mesures prisent par l’autorité de régulation pour éviter les fermetures des bourses

Ces fermetures de bourses successives ont conduit l’autorité de régulation et les bourses chinoises à se mettre d’accord pour abandonner le mécanisme de coupe-circuit 4 jours après sa mise en place, les échanges peuvent donc de nouveau fluctuer librement dans une limite de plus ou moins 10% avant que le mécanisme de suspension de cotation automatique s’enclenche.

Afin de limiter la spéculation des actionnaires touchés par le règlement les obligeants à les garder pour un période d’au moins 6 mois, les autorités ont décidées de continuer d’appliquer ce règlement en l’allégeant. Avec ce nouveau règlement, les actionnaires peuvent céder 1% de leurs actions qu’ils ont dans une entreprise après 3 mois de détention, à la condition de prévenir le public 15 jours avant la date de la transaction.

Les spécificités de la bourse chinoise

Une des spécificités des bourses chinoises est qu’elles sont structurées par les investisseurs individuels, les transactions sont faites sur le court terme et les mouvements de capitaux sont plus dynamiques que ceux à l’étranger. Afin de développer le pays, le gouvernement chinois a décidé d’émettre des bons d’Etats pour pouvoir capter l’épargne des chinois. Depuis cette période, les bourses chinoises sont des marchés de financement et non pas d’investissement, ce qui est différent des bourses des pays occidentaux, qui elles sont liées à un marché d’investissement. Cela explique la forte implication de l’autorité de régulation pour éviter le risque de spéculations.

De plus, depuis 2001, les normes pour l’émission de titres ont été changées pour être plus flexibles. Cependant, la quantité de titres émis pour les entreprises cotées est toujours contrôlée.  Il est impossible pour une entreprise de rentrer sur ce marché comme elle le souhaite. La quantité d’entreprises cotées en bourse est définit par des spécialistes et celles-ci sont recommandées par les banques d’investissement pour pouvoir intégrer le marché boursier.

En outre, les cotations des actions et des titres ne sont pas basées sur un prix déterminé par l’offre et la demande, ni sur une analyse des performances ou des perspectives de l’entreprise, mais sur un ratio cours sur bénéfice. Cette façon de définir la cotation de l’entreprise augmente le risque pour les investisseurs, ce qui explique que les transactions se fassent sur le court terme. En 2005, une mesure est sortie obligeant les entreprises cotées doivent s’entretenir avec l’autorité de la régulation pour définir les premières publications des cotations. Les bourses chinoises ont fait un progrès important grâce à ce nouveau mécanisme.

Enfin, il y a différents types d’actions dans les bourses chinoises. Les titres sont définis par catégorie A/B/H/N/S/T.

  • Titre A : Actions Basiques qui circulent sur le marché interne en monnaie chinoise. Ce titre d’action est uniquement publié dans les marchés internes par les entreprises chinoises et ne peut être transféré à des étrangers.
  • Titre B : Actions Spéciales qui circulent sur le marché interne. Son montant est déclaré en RMB mais est cédé en monnaie étrangère. Ces actions sont pour les personnes vivant hors du territoire chinois, sous condition d’autorisation de la part de l’autorité de régulation.
  • Titre H/N/S/T : Actions pour les entreprises chinoises côtées dans les bourses étrangères. H pour la bourse de Hong Kong, N pour la bourse de New York, S pour la bourse de Singapour, T pour la bourse de Tokyo.

Conclusion

 Les décisions stratégiques pour le développement des bourses chinoises sont prises par l’Etat. Celui-ci décide des caractéristiques propres de celles-ci. Les mécanismes instaurés par les autorités chinoises ont pour objectifs de protéger les marchés boursiers en évitant la spéculation liée à la nature court-termiste des transactions sur celui-ci. En outre, bien que la fermeture des bourses ait eu des répercussions sur les autres places financières, il est important de noter que les bourses chinoises sont moins rattachées à l’économie réelle que les bourses occidentales, et que donc cela impacte faiblement la bonne santé des entreprises chinoises.

Rédigé par Huanhuan HUANG, étudiante du M2 IESC

Bibliographie :

http://www.20minutes.fr/monde/1761115-20160107-chine-bourses-ferment-avant-heure-eviter-nouveau-krach

http://www.lemonde.fr/economie-mondiale/article/2016/01/07/nouvelle-plongee-des-bourses-asiatiques-fermeture-des-marches-chinois_4842952_1656941.html

http://www.la-croix.com/Actualite/Economie-Entreprises/Economie/Trois-questions-sur-la-fermeture-des-Bourses-chinoises-2016-01-04-1399650

http://www.lesechos.fr/monde/asie-pacifique/021609985908-cette-nuit-en-asie-les-bourses-chinoises-a-nouveau-en-baisse-1191472.php

http://finance.sina.com.cn/stock/stocktalk/2016-01-06/doc-ifxneefu2315702.shtml                 Le nouveau mécanisme de coupe-circuit est inutile pour les bourses chinoises. Version chinoise.

http://study.huagu.com/xinshou/0000009043.html La définition pour les titres A/B/H/N/S. version chinoise

Admin M2 IESC

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